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Les revenus d’un informaticien indépendant en EURL

21 octobre 2009 28 110 affichages 14 commentaires

Crédit photo Guillaume Brialon licence Creative Commons

Voici le 3ème article après un bilan de mes 14 mois d’indépendant et une présentation des différents statuts juridiques. Jeudi je terminerai cette série d’article par un sujet sur la prospection commerciale : comment trouver ses premiers clients ?

La compta pour les nuls
Allez, parlons un peu de chiffres. Lorsque je me suis lancé il y a un an, j’ai trouvé qu’il était difficile de calculer et d’estimer ses revenus à venir. La comptabilité tout d’abord, ce n’est pas un truc d’informaticien. Si vous êtes allergique à une feuille Excel, que vous ne faîtes pas les comptes à la maison, prenez un excellent comptable pour vous aider. C’est dur, c’est ennuyant, et on est nul. L’objectif de cet article est bien de parler argent. C’est tabou, mais comme personne n’en parle et qu’il me manquait des explications il y a un an et demie, je pense qu’il est utile d’expliquer tout cela.

J’ai travaillé avec l’excellent fichier Excel d’Olivier Deheurles pour vous construire un cas que je considère comme réaliste. Je vais vous expliquer le cas de Bob qui a créé une EURL BobConsulting, avec des chiffres le plus réaliste possible. Bob est un développeur Java avec 6 ans d’expérience, qui est plutôt senior. Il facture 400 EUR par jour. Bien que cela vous semble énorme si vous découvrez ce chiffre, c’est un prix correct pour un profil de ce type. Le site Freelance-info propose une base de tarif complétée par les indépendants qui vous aidera à vous situer.

Pour 2008, nous allons dire qu’il a travaillé 250 jours, ce qui est plutôt exceptionnel. Cela veut dire que Bob n’a pas pris un seul jour de congé et qu’il a travaillé sans interruption toute une année. Mais cela m’arrange car je tombe donc sur un chiffre d’affaire de 100 000 EUR. Je vais vous expliquer combien Bob « gagne vraiment » le plus précisément possible.

Tout d’abord, Bob est gérant majoritaire de la SARL BobConsulting. Celle-ci lui verse chaque mois un salaire net de 3500 EUR. Dans la réalité, Bob décide de se verser ce salaire le 31 ou le 3, de moduler son montant d’un mois à l’autre, car il est le gérant unique. Bob se fait ses entretiens, il s’augmente, il réduit son salaire, parfois il se verse des primes car il a bien travaillé… Bon vous l’avez compris : Bob peut moduler son salaire mensuel, sachant que le comptable en fin d’année prépare la déclaration des revenus dans le bilan de votre entreprise. En général votre comptable préfère que le salaire versé soit fixe pour se simplifier la vie. Mais bon, Bob fait ce qu’il veut pendant l’année.

Ce salaire de gérance est voté en assemblée générale une fois par an, par Bob qui est l’associé unique. Les cotisations sociales (maladie+retraite+urssaf) pour ce salaire de 42 000 EUR (12×3500) seront d’environ 7500 EUR. Au final, ce salaire ainsi que les charges, coûte à l’entreprise 49 500 EUR, soit la moité du chiffre d’affaire de 100 000 EUR. Voici les fameux 50% dont on vous a parlé…

Concernant les frais professionnels, Bob paye son téléphone portable, un accès à Internet, des frais de transports, des formations, un comptable, un ordinateur, une assurance professionnelle et des repas. Disons qu’il a 4500 EUR de frais par an. Ces frais sont déductibles dans une certaine mesure, du chiffre d’affaire pour calculer le bénéfice. Les règles étant assez compliquées, votre comptable s’en chargera.

La SARL BobConsulting après avoir payé 49 500 EUR de charges (salaire de Bob+cotisations sociales), doit aussi payer 1000 EUR de taxe professionnelle, auquel je retire 4500 des frais professionnels, ce qui nous donne le bénéfice imposable de la SARL, soit 45 000 EUR :
100 000
- 49 500
- 4 500
- 1 000
= 45 000 de bénéfice.

Le bénéfice est donc ce qui reste à l’entreprise une fois les frais, le salaire et les charges déduites.

Que devient ce bénéfice ? Il est temps de payer maintenant l’impôt sur les sociétés, qui s’élève ici à environ 8 000 EUR. Il restera au final 37 000 EUR environ. Si notre SARL a un capital de 1000 EUR, vous devez donc laissez légalement 10% de ce capital sur le compte de l’entreprise, c’est la réserve légale. SARL BobConsulting peut maintenant verser le dividende de 36 000 EUR à Bob. Il y a cependant encore 12% de ce dividende que l’EURL doit payer à l’Etat (CSG+RDS+RSI) au moment du versement du dividende. Au final Bob recevra environ 32 000 EUR de dividende.

Au final si je compte le salaire de Bob et le montant du dividende, la trésorerie de Bob sera de 42 000 EUR de salaire + 32 000 EUR de dividende, soit 74 000 EUR avant imposition. Prenez un couple marié avec 2 enfants, un impôt sur le revenu d’environ 6000 EUR, il reste réellement dans la poche de Bob la somme de 68 000 EUR.

Pour un chiffre d’affaire de 100 000 EUR, Bob aura donc réellement gagné 74 000 EUR avant de payer ses impôts sur le revenu. Le salaire versé en 2008 est imposé en 2009. Par contre, le dividende étant versé en 2009, il ne sera compté dans l’impôt sur le revenu de Bob qu’en 2010. D’après la feuille de calcul d’Olivier Deheurles, un couple marié avec 2 enfants avec un deuxième salaire payera environ 6000 EUR d’impôts sur le revenu, il reste donc bien environ 68 000 EUR de trésorerie. Chaque mois Bob touche un salaire fixe de 3500 EUR, le dividende étant ensuite versé l’année suivante, comme une prime qui arriverait 4 ou 6 mois plus tard en quelques sortes.

Dans la réalité, il manque pas mal de choses. Tout d’abord une mutuelle si votre épouse/époux ne peut pas vous couvrir. Comptez au moins 150 EUR par mois pour être couvert aussi bien que votre mutuelle de salarié. Ensuite ajoutez-y des compléments de retraites. En effet, le régime des indépendants n’est pas top si vous voulez une bonne retraite. Disons 300 EUR par mois sur un contrat Madelin ou sur un placement type Assurance Vie. Ensuite, il est très important de bien calculer la répartition salaire/dividende selon son profil fiscal. Si vous êtes célibataire, l’équilibrage ne sera pas le même qu’un couple marié avec 4 enfants, où madame travaille aussi par exemple.

Au final donc, être indépendant rapporte donc certainement plus qu’être salarié, mais en retour vous devez vous occuper sérieusement de votre retraite, de vos investissements. Gagner plus pour pouvoir optimiser mieux. En tant que salarié, vous êtes pris en main et vous n’avez pas trop à vous soucier de tout cela. En tant qu’indépendant : vous vous débrouillez.

Quelque part il n’y a rien de magique. Le système est fait de telle sorte que ceux qui peuvent prendre un peu plus de risque, gagnent plus. Il y a cependant un énorme risque qui est celui de l’inter-contrat. Là où un salarié conserve sa sécurité (un salaire), et donc délègue à un tiers la recherche d’une mission, un indépendant doit avoir des contacts et un réseau très important. Mais surtout : il ne rentre plus un euro.

J’espère avoir expliqué le plus simplement possible un cas presque réel, afin de vous faire prendre conscience des ratios. Le chiffre d’affaire de mon exemple est plutôt élevé. Les indépendants dans la réalité ne travaillent pas 250 jours par an. Cela reviendrait à ne presque pas prendre de congés. En tant que salarié aux 35 heures, nous travaillons 218 jours par an, c’est un peu près la même chose en tant qu’indépendant (maladie, vacances, ponts, enfant malade…).

Voilà vous savez tout. Plongez vous dans le fichier Excel d’Olivier si vous voulez comprendre précisément les calculs.

Bonus : un 4ème article demain
La suite demain sur la recherche des clients et je crois que j’aurai pas mal parlé des indépendants cette semaine.

Bonne lecture !

14 commentaires »

  • Damien a dit:

    Tes articles (celui ci et les 2 précédents) sont vraiment intéressants et concrets sur le sujet des indépendants

    Pour ceux qui sont encore en SSII et qui comptent un jour franchir le pas (dont je fais partie), l’exemple est pragmatique et permet de se faire une idée du travail à réaliser

    Merci !

  • Jeanson a dit:

    Enfin un vrai cas concret. Une fois de plus, un excellent article !

    Merci le touilleur ;)
    Arno

  • Ludovic a dit:

    ca donne des idées en tout cas :)
    bravo pur l’explication de textes

  • Jean-Baptiste L. a dit:

    En plus de la mutuelle qui coutera grosso modo 2x plus qu’une mutuelle collective, il faut penser à souscrire à une assurance prévoyance. En effet s’il vous arrive un accident ou une maladie longue durée et que vous ne pouvez plus travailler, vous n’aurez RIEN. (contrairement au salarié qui touchera des indemnités journalières). Le coût est fonction de l’âge et des garanties que vous souhaitez : Pour un « jeune » de 30ans, ça coutera environ 100€ / mois pour 3000€ / mois d’indemnités journalières.

    Concernant le risque d’intercontrat, en SSII interco trop long = licenciement. Le tout est donc de rester « employable » : formations etc. Notons qu’un salarié a également intérêt à se former en continue, aucune différence donc si ce n’est qu’en freelance c’est à nous de faire les démarches ;)

    Autre problème non traité dans cet article : Il vous faudra généralement 3 bilans (et des bons bilans) pour pouvoir espérer obtenir un crédit… (immo par ex.).

    Bon courage à tous les futurs freelances.

  • Tuxinoo a dit:

    Enfin l’article que j’ai toujours cherché ! Cela permet d’avoir une idée plus précise de ce qui nous attend si on veut passer indépendant :)
    Merci Nicolas

  • Nicolas Martignole a dit:

    @Jean-Baptiste je serai intéressé pour l’histoire des 3 bilans. Tu pourras développer ? Je pense que c’est surtout dans le cas d’une recherche de prêt immobilier. Je conseille d’essayer d’acheter votre résidence principale tant que vous êtes salarié, car cela semble plus simple pour décrocher un crédit.

    Nicolas

  • Florian a dit:

    Salut Nicolas !
    Ton article est très intéressant ! Je comptais franchir le pas d’ici quelques mois, mais comme tout le monde j’ai pas mal d’incertitudes sur les démarches à suivre, et le futurs revenus.
    Merci pour cetté série d’articles.

  • Jean-Baptiste L. a dit:

    @Nicolas Quand on est salarié, la banque demande des garanties : généralement les 3 derniers bulletins de salaire + période d’essai terminée. Quand on est freelance, ou plus généralement « Travailleur non salarié », TNS, elle va aussi demander des garanties. Les seules garanties qu’elle puisse avoir ce sont les bilans. La règle est de fournir les 3 derniers bilans. Maintenant, c’est comme tout, ça peut passer avec un seul bilan, si vous avez en face une banque intelligente ou qui vous connait bien. Certaine banques au contraire nous considère comme des précaires et rechignent à nous prêter.

    Je dit « bon bilan » car avec une société déficitaire la banque voit rouge. Par exemple lorsque j’ai acheter mon appartement, j’étais salarié mais la « société » qui aurait dû avoir l’appartement (une agence immobilière) c’est vu refuser son prêt car son 2ème bilan (même pas le dernier) était « mauvais ».

    Il faut noter que pour louer, ça ne paraît guère plus facile : http://www.entrepriseindividuelle.info/Loger.php

  • Nicolas Martignole a dit:

    @Jean-Baptiste merci pour les infos. Mais tu es le jean-baptiste de http://www.java-freelance.fr/ ! Je suis votre blog à tous les deux, il est très sympa.

  • Jean-Baptiste Lemée. a dit:

    @Nicolas Merci c’est gentil. Avec Mathilde, je pense qu’on doit être le seul couple de javateux de France (et peut être du monde ?).

    Un autre blog sympa orienté « freelance java » que j’aime bien : http://www.freelanceinformatique.com/

    Pour ceux qui douterait encore de la facilité et des bienfaits du changement de statut, les voilà avec 3 témoignages qui vont dans le même sens !

  • yakafokon a dit:

    Très intéressant !
    et le lien vers le fichier excel top cool !

  • Sami a dit:

    Salut Nicolas,

    Bravo pour cet article très clair (désolé je ne le découvre qu’une semaine après). Il y a finalement peu d’indépendants qui osent parler de leurs revenus et ce sont des infos qui recherchent tous ceux qui veulent se lancer

    Sami

  • Pascal a dit:

    Quelques précisions. Tout d’abord, Bob ne perçoit pas un salaire, Bob a un statut de Travailleur Non Salarié (TNS), il perçoit une une indemnisation pour ses fonctions de dirigeant. Ensuite, l’impôt sur les sociétés (IS) fonctionne de la façon suivante: pour un bénéfice de 1 € à 38 120 €, l’IS est à taux réduit, à savoir 15 %. Pour la partie au delà de 38 120 €, l’IS est au taux normal, à savoir 33,1/3 %. Si l’on ne souhaite pas développer sa société (et donc augmenter sa trésorerie), il est donc préférable de limiter les bénéfices de la société à 38 120 €. Pour ce faire, l’indemnisation des dirigeants est un levier idéal. Ici Bob aurait donc intérêt à augmenter son indemnisation, sa société fait trop de bénéfices. C’est une petite optimisation, certes, mais puisqu’elle est possible, pourquoi s’en priver?

  • freelancer a dit:

    une facturation de 400€ pour 6 ans d’expérience me semble assez faible. je suis donc aller regarder sur freelance-info et là j’ai découvert très étonné les chiffres suivants :
    - développeur = 390€
    - analyste programmeur = 370€
    - support utilisateurs = 400€ !

    faudra déjà qu’on m’explique la différence entre développeur et programmeur, mais surtout ça semble moins bien payé que du support utilisateur ! on doit pas avoir la même définition de développeur.