dsi_speechMardi 21 janvier 2014. Quelque part dans Paris. Je retrouve Antonio Goncalvès pour participer à la remise des prix du DSI de l’année. Configuration installée : costume, cravate, sourire colgate. A part le fait que je sois arrivé en métro, et Antonio en vélo, personne ne peut soupçonner que nous ne sommes pas des DSI.

Nous participons ce soir à la soirée des DSI, dans le cadre de l’organisation de Devoxx France. Antonio m’a donc embarqué dans cette drôle d’aventure. Au programme : conférences, tables rondes et enfin diner assis avec une remise de prix.

Bon, dès l’entrée dans ce grand palace Parisien, le masque tombe. Pour une fois, personne ne nous prend pour les voituriers. Mais la moyenne d’âge a vite raison de notre camouflage : non, nous ne sommes pas DSI. Passé le moment de curiosité, en fait nous avons vécu une soirée sympa et enrichissante.

Rendez-vous en Terre Inconnue.

Cette émission de télévision de Frédéric Lopez est un énorme succès en France. Le principe est simple : vous prenez une star, vous lui bandez les yeux et vous l’envoyez dans un Pays lointain. L’émission de mardi dernier a fait 6.1 millions de téléspectateurs, ce qui est beaucoup en France.

Pour faire court, c’est ce que nous avons vécu. Nous voilà un peu intimidé et curieux dans un grand salon style Louis XVIII au Shangri-La, très bel hôtel par ailleurs.

Guy Mamou-Mani, Président du Syntec Numérique et co-président du groupe Open, prend la parole. Le Syntec numérique a créé différents ateliers et joue un rôle de conseiller. Mandaté par le gouvernement, il propose une nouvelle mission, particulièrement pour ce qui a trait à la formation. Le constat est qu’il y a 76 000 demandeurs d’emploi (Source : Pôle Emploi 2013, page 24 IT For Business, janvier 2014) sur une population d’environ 380 000 personnes travaillant dans l’informatique en France. Le Syntec propose de nouvelles pistes de formation, de l’école jusqu ‘à la formation continue, en passant par les personnes ayant décrochées du système éducatif. Il faudra presque 900 000 personnes d’ici 2020, et le numérique est un secteur où il est possible de recruter. Le Syntec a remis un rapport au gouvernement en janvier dernier, que je vous invite à consulter sur leur site.

La formation et l’enseignement sont 2 thèmes de Devoxx France 2014. Comment devenir et rester Développeur ? Quelle place pour celui ou celle qui souhaite évoluer dans le métier du développement ? Comment se reformer lorsque l’on a pas eu la chance de suivre la voie royale ? Guy Mamou-Mani parle de Simplon, que nous avons contacté pour Devoxx France. Des initiatives comme celle-ci ou l’école 42, nous montrent qu’il est possible de faire « différemment » en France. J’avoue avoir été agréablement surpris par le discours du Syntec. S’ils peuvent en effet faire bouger nos hommes politiques, pourquoi pas ?

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Après cette première partie, nous poursuivons sur différentes tables rondes. Bon, pas grand chose à apprendre pour nous. Que fallait-il retenir ? Tout d’abord qu’est-ce qu’être DSI en 2014. Passé la crise, chacun voit son métier différemment. Il y a les gestionnaires de patrimoine, en charge de faire tourner l’usine logicielle. Il y a les innovateurs, qui prennent l’avion pour San-Francisco afin de découvrir Facebook (sic!). Il y a aussi une composante innovation importante. Or innover, c’est prendre des risques, et surtout, remettre en question le patrimoine. Chacun selon sa sensibilité et ses moyens fait « au mieux ».

Le DSI (car c’est majoritairement un homme de plus de 55 ans qui n’a pas une tête de voiturier) doit avant tout équilibrer un budget de fonctionnement. Il n’a pas forcément la latitude pour jouer le créneau de l’innovation. Véritable meneur d’homme, il est aussi en charge des aspects sécurités dans l’entreprise.

Sécurité et confiance. Bertrand Petit, Président d’Innocherche, encourage les DSI à  ouvrir les pont-levis, à faire péter les frontières et toutes ces belles licences de Pare-feu achetées après une partie de golf. Après l’ultra-protégé, le constat de plusieurs DSI, est que le réseau est maintenant complètement ouvert. Comment sécuriser les échanges dans ce cas là ?

Jean-Michel André, DSI d’Europe Assistance, qui a reçu le prix « DSI Innovation », explique que le chiffrement de bout en bout est une des solutions. De toutes les façons, les barrières du SI sont ultra-perméables. Les enjeux sur la sécurité restent un sujet de préoccupation. Le DSI est aussi le garant de la mise en place d’une sécurité, que ce soit en cas d’incidents ou pour tout ce qui est actes malveillants.

Sur le Cloud, en écoutant les différents intervenants, le constat est que nous sommes encore en décalage par rapport à notre expérience de développeur. J’entends 2 ou 3 DSI avoir des craintes sur la sécurité. A contrario, d’autres DSI sont déjà engagés, et utilisent différentes solutions de cloud (Google Apps, Amazon ou Heroku) au quotidien.

Un petit mot au passage sur l’intervention de Numergy, représenté par son président, Philippe Tavernier. Numergy est une solution Cloud type IaaS « à la Amazon », qui offre pour l’instant des machines virtualisées ainsi qu’un ensemble de services (sécurité, répartition de charges, sauvegardes). Le projet avance bien, avec presque 1000 clients déployés. A l’opposé, OVH a presque 700 000 clients dans le monde, avec 12 centres d’hébergement. Amazon AWS a atteint le chiffre d’affaire record de 3.8 Milliards de dollar en 2013… Cela donne une idée assez précise des enjeux.

Après plusieurs tour de tables dont nous avons vite fait le tour, nous sommes passés au diner assis. Un cocktail qu’ils disent. Cela nous permettra de rencontrer le DSI Prix PME, Christophe Chapet, directeur numérique et logistique de Nantes Habitat. Rencontre sympa, où nous parlons de Devoxx, de Nantes et des gars de Clever-Cloud. Je crois qu’il faudra aller à la conférence Web2day en mai prochain à Nantes. Le DSI non-parisien est plus accessible 🙂

Bon ensuite, nous avons discuté et échangé. A notre table : la DSI de la fondation de France, le DSI du Ministère des Affaires étrangères, Jean-Louis Clouet le DSI de EFS Santé (Etablissement Français du Sang), un DSI dans le domaine minier, d’autres DSI qui étaient plus timides que nous, et donc, Nicolas et Antonio, organisateur de Devoxx France. Tiens Florence, passe moi le pain s’il te plaît.

Pendant la soirée, différents intervenants montent sur scène pour recevoir un prix.

J’ai bien aimé l’intervention du DSI du PMU, Philippe Germond. Il a reçu le grand prix « Manager numérique de l’année ». Comme il l’explique, c’est aussi un grand prix pour sa DSI, et pas que lui. Le PMU a resisté à la fin du monopole et se porte plutôt très bien. Pour cela, il a mis en place un plan d’innovation, et il continue à travailler sur le réseau physique de leurs solutions. Tout d’abord, être DSI c’est forcément faire de l’innovation. Si vous ne vous positionnez qu’en mode « conservation de mon patrimoine », vous êtes mal. L’innovation et la remise en question de l’existant sont les clés pour avancer. Par ailleurs, la DSI peut aussi être une source de revenu, pas uniquement de coûts. Le DSI d’Europe Assistance explique ainsi qu’ils rendent anonymes puis revendent certaines données sur leurs clients, ce qui permet par exemple aux Assurances d’offrir des couvertures plus adaptés.

Pour le PMU, l’activité via Internet est en croissance de 3.6% en 2013. Chaque jour (et chaque weekend), le nombre de transactions numériques est équivalent à l’activité d’une Bourse. Son message aux autres DSI en recevant son prix, est qu’il est important d’innover, de casser aussi l’image de « cost-killer » portée par certaines DSI.

Un peu plus tard dans la soirée, c’est un diplomate qui est distingué. Nicolas Chapuis reçoit le prix « DSI Coup de Coeur ». DSI du ministère des Affaires Etrangères, il  a piloté la mise en place d’un projet très ambitieux, Diplomatie 2.0, avec de nouveaux outils pour les diplomates, un réseau social interne sécurisé, et donc de nouveaux systèmes d’informations sécurisés. Bon, voilà.

Globalement, voici aussi ce que j’ai retenu des différentes discussions.

Tout d’abord, le DSI sait que le Cloud n’est pas une solution à utiliser systématiquement. Passons rapidement sur le côté sécurité, pour parler simplement du coût. Pour ce qui est du cloud type IaaS, l’intérêt économique de migrer l’existant reste à démontrer. Par contre, pour des projets en phase de démarrage, pourquoi pas ? Mais un DSI, qui est aussi le responsable de ce patrimoine dans l’entreprise, est-il prêt à externaliser tout cela ? Les solutions de type SaaS par contre ont déjà plus de succès. Salesforce, Microsoft, Google, nous avons tous déjà amorcé la transition vers l’univers du service. L’offre est assez ouverte. Les aspects sécurités peuvent être adressés par des solutions de chiffrage, il existe déjà différents systèmes pour ce type de besoins.

Quant à tout ce qui est PaaS, je ne sais pas si les DSI sont vraiment sensibles à cela. Peut-être que les ESN (le nouveau nom des SSII) proposeront de plus en plus de solutions développées sur du PaaS aux DSI… mais le chemin à parcourir est encore long.

Le DSI enfin, est d’abord une personne de pouvoir. J’espère cependant qu’ils prennent un peu de temps pour venir sur le terrain, afin de se rendre compte de ce qu’il se passe en 2014. L’ambiance est trop feutré dans ce grand hôtel parisien, où la majorité des personnes se présentent en déroulant leur CV (passé par Centrale, il a fait un MBA à Stanford, puis a été DSI de Carrefour avant de rejoindre en 1989 la DSI de Brandford. Ah, et il a fait allemand première langue pour ceux que ça intéresse…). Le DSI fait des blagues par exemple sur le fait que le 21 janvier, c’est l’anniversaire de la mort de Louis XVI… Tout ceci renforce l’image du DSI féru de colbertisme.

Bon, et sinon vous avez Twitter les gars ? Car Antonio a actuellement 6100 followers et moi j’en ai 3300… je dis ça, je dis rien. Je n’ai pas fait Centrale, mais je crois que plus de gens nous entendent que vous. Après, est-ce qu’ils écoutent… c’est une autre histoire.

Enfin bref, merci Devoxx France, nous avons eu la chance de vivre un moment unique. 2 développeurs dans  une soirée, avec des rencontres, afin de préparer notre après-midi des Décideurs pour Devoxx France. Cette année, le thème sera le « Big Data ». Derrière ce mot clé, nous souhaitons vous faire rencontrer des DSI, des CTO, des responsables techniques, et donc des personnes avec de vraies histoires, comme en 2013 sur le Cloud.

Cet article pour ceux qui me lisent pour la première fois, est à prendre au second degré. En vivant ce type d’aventure, croyez-moi, nous faisons avancer l’image du Développeur. En étant présent et en expliquant notre projet, nous défendons l’image du Développeur. Antonio a ainsi discuté avec Guy Mamou-Mani sur Devoxx4Kids. Si nous n’allons pas à la rencontre de nos patrons, de nos responsables et donc, des DSI, nous ne pourrons pas faire avancer l’image du développeur en France. Donc derrière tout ceci, par les rencontres que nous faisons, vraiment, nous essayons de faire bouger les choses.

Sur ce, je vous laisse, j’ai une voiture à garer. On m’a donné une clé et un billet de 20 en repartant.

A bientôt

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antonio_goncalves nicolas

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