Copyright Jean Laurent de MorlhonCrédit photo: Jean-Laurent de Morlhon
Suite de mon billet précédent à propos d’XP Day. J’ai assisté au débat ouvert « Scrum est-il dangereux » animé par Eric Lefevre-Ardant et Guillaume Tardif. L’objectif de l’heure sera de lister tous les points qui répondent à la question « Oui Scrum est dangereux » puis ensuite de lister tous les points « Non Scrum est une bonne chose » et enfin réaliser une synthèse pour confronter nos idées. J’ai aussi enregistré le tout, comme Raphaël de Pyxis. Vous pouvez écouter la version audio sur le Podcast « Le Touilleur Express » sur iTunes.

Tout d’abord plantons le décor. Dans une salle de 50 personnes, nous nous asseyons en U, chacun a pris à l’entrée soit une carte verte « Non scrum est une bonne chose » soit une carte rouge « Oui Scrum est dangereux« . Je décide de prendre une carte verte. Un paper-board permet de noter les idées et les points soulevés. Eric et Guillaume seront simplement là comme des arbitres afin que le passage de parole soit respecté. Dans l’assemblée je retrouve toutes les têtes connues de la communauté Agile avec tout d’abord une présence remarqué de Pyxis Technologies : Eric Mignot, Vincent Tencé, Isabelle Therrien et Raphaël Pierquin. David Gageot de Tech4Quant, Jean-Laurent de Morlhon, Emmanuel Gaillot d’OCTO Technology qui dira en préambule « je pense que Scrum est un mot », Yannick Ameur et Sébastien Douche, co-organisateur d’XP Day, bref vous l’aurez compris : pratiquement que des personnes avec une bonne connaissance de Scrum. Voilà pour le décor.

Eric explique que cette session est librement inspirée de la session « Is Scrum Evil » animé par Jeffrey Frerick. Elle sera rejouée en septembre à la conférence CITCON 2009 à Paris le 18 et le 19 septembre, conférence déjà complète co-organisée par Eric.

Il n’y aura pas de débat, nous commençons par exprimer une idée sur « Oui Scrum est dangereux parce que… » appuyé d’arguments afin que le débat soit construit. Quelques suggestions plus tard, Vincent de Pyxis a raison de demander si nous voulons parler du framework Scrum en tant que tel ou de son application. Or il apparaît rapidement que les points levés par les participants se focalisent d’abord sur l’effet Scrum, sur son application et ses effets. Il n’y a pas pour l’instant de critiques sur le contenu de Scrum en tant que tel. Quelqu’un se risque à dire « Scrum est dangereux car il n’y a pas de pratiques logiciels comme la méthode ChlingChling ». Ce à quoi chacun remet Scrum sur son terrain, et on évacue rapidement la question XP vs Scrum.

Voici au fil de l’eau comment s’est déroulée la discussion. Ce qui suit est transcripté en essayant d’être fidèle aux propos de chacun :

DEBUT DES DEBATS

PREMIERE PARTIE: Scrum est dangereux parce que…

Quelqu’un lance le débat en disant que « Scrum est une mauvaise chose car il fragilise les équipes qui le mettent en place par rapport à d’autres, vis à vis du management ». « Scrum est dangereux car lorsque l’on met en place la méthode on a pas le droit à plusieurs essais ». « Le dogmatisme de Scrum est dangereux ». « Scrum est dangereux car le jargon de Scrum peut nous discrediter ». « Scrum est dangereux car le jeu de carte peut nous marginaliser ». « Scrum est dangereux lorsqu’il est appliqué seul sans méthodes logicielles ».

Emmanuel Gaillot demande pour qui Scrum peut-être dangereux ? Eric « Bob » Mignot enchaine avec « Scrum est dangereux car il révèle les incompétents dans une équipe ». Il est dangereux pour les gens qui s’en servent. Scrum est dangereux car il fait partir des gens, il peut casser des équipes. Heureusement que la documentation nous sauve si quelqu’un part… *rires*. L’introduction des méthodes Agile est dangereux, ou amène du danger. Quelqu’un dit que le changement apporte le danger. Toujours pas pour l’instant d’argument sur le contenu de Scrum.

David Gageot explique que Scrum est dangereux car certaines équipes qui ont mis en place avec succès Scrum cherchent ensuite à changer les autres équipes. L’effet viral et l’autopromotion est dangereux, surtout s’il n’est pas accompagné finalement par un coach ou quelqu’un d’assez expérimenté. La radicalisation des équipes est dangereux.

Emmanuel dit que Scrum est dangereux car le chef de projet n’existe plus. Alexandre explique que Scrum est dangereux car il supprimerait certains postes de l’entreprise, et à terme il mettrait en danger l’entreprise. En retour certains expliquent que la structuration MOA/MOE actuelle vient aussi des méthodes classiques. Scrum est dangereux car il empêche l’évolution hiérarchique dans l’entreprise.

Scrum est dangereux car tout repose sur les épaules du Scrum Master et du Product Owner. Scrum est dangereux car les utilisateurs adaptent la méthode à leurs pratiques, ce qui peut entrainer un échec, qui sera attribué… à Scrum. Scrum est dangereux car la responsabilité est diluée, l’engagement à terme est moins clair… On est plus sûr de rien. Tout est flexible…

Emmanuel ouvre la boîte de la certification. « Elle entraine une logique qu’il y a des gens qui savent mieux que d’autres ce qui est bien et et ce qui est pas bien, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire. Si on fait bien ce qui est bien on est certifié, si on fait pas bien ce qui n’est pas bien on est pas certifié« . Les personnes certifiées sont un danger pour l’entreprise car elles se comportent comme celles qui ont le savoir, et c’est un danger pour elles-mêmes, elles risquent de se prendre un retour cinglant de la part de l’entreprise. L’autorité de certification est dérangeante. Dans un deuxième point il exprime que la certification payante, le recrutement, nous font penser que l’on tombe dans des arguments marketings, dans une démarche mércantile.
Eric Mignot demande si c’est Scrum en tant que tel ou si c’est l’industrie autour de Scrum qui est dangereux ? Isabelle demande si c’est parce que la certification scrum master est trop facile à obtenir que ce serait un danger ? Eric Mignot replante un jalon afin que le débat continue, en nous réexpliquant Scrum, en expliquant la complémentarité avec XP.
Il tente un coup de force afin que quelqu’un explique Scrum pour que la suite des débats se concentre sur le contenu. Il demande si quelqu’un pense que le Product Backlog est dangereux ? Est-ce que le Sprint est dangereux ? Est-ce que le rôle de Product Owner est dangereux ? Amusant de voir que l’assemblée finalement continue à parler, mais sans suivre la piste proposée par Eric. David Gageot joue le jeu, il dit que le planning meeting est dangereux car le product owner ne vient qu’au début et que l’on ne le reverra qu’à la rétrospective… La rétro fait remonter les problèmes mais c’est dangereux car on ne fait rien après. La démo dans Scrum est dangereux car on ne fait que la démonstration de la fonction, sans montrer le reste du logiciel, en ne passant que sur la démonstration faite au client…

A cet instant, Emmanuel apporte une nouvelle image pour nous résumer quelque part notre discussion : ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les gens qui s’en servent. Il explique que certains défendent Scrum en disant que ce n’est pas l’outil mais sa mise en place qui est dangereuse. Je trouve l’image courageuse et intéressante à cet instant de la discussion. Je me demande si nous partons pas vers une discussion qui se terminera par la Loi de Godwin.
Il demande pourquoi certains peuvent en faire un jeu de pouvoir, peuvent le tourner à leur sauce, ce qui est vrai. Vincent de Pyxis répond en demandant si finalement, quelque soit les méthodes, celles-ci nous montrent que notre industrie est mauvaise. David reparle de l’effet Matrix, de la pillule bleu et de la pillule rouge, abordé lors de l’inauguration de la soirée du French SUG par Jeff Sutherland. Scrum marcherait pour des équipes de 2 personnes comme 100 personnes… CMMI et PMI arrivent, Scrum est la solution à tout… Bref ce qui est dangereux c’est peut-être plutôt cela d’après David.
Je parle peut-être pour la première fois pour dire que derrière Scrum il y a une industrie, des enjeux, que des gens ont compris que l’on pouvait faire de l’argent. De même comme une arme, il est facile de s’en servir et de faire des dégâts. XP est pour moi un lance-roquette, là où Scrum serait plus facile à introduire. Scrum n’est pas dangereux en lui-même. Le danger c’est nous même résume Vincent. Il demande comment on peut améliorer notre industrie.
Quelqu’un reprend la parole pour dire que Scrum est dangereux, car il est fait pour être facilement adopté, sans peut-être parler des effets secondaires… On a l’image d’un médicament avec ses effets secondaires.
Jean-Laurent dit que Scrum est physiquement dangereux, car il n’y a pas de moments pour souffler comme dans un développement waterfall classique. C’est épuisant 🙂
Scrum peut être dangereux car si sa mise en place ne réussit pas, il décrédibilise l’Agilité. On parle de tueur d’Agilité. Une autre idée ensuite, est que le canvas léger mais strict de Scrum empêche l’Agilité, ne laisse peut-être pas la liberté à l’amélioration. Virgile Delécolle rappelle que les projets Scrum qui ont fonctionné ne font pas que du Scrum. Scrum est dangereux car il n’y a pas d’engagements sur le périmètre. Une mauvaise équipe peut livrer peu, la médiocrité ne serait pas punie ?
Quelqu’un se demande comment une entreprise qui utilise Scrum peut être pérenne, s’en sortir financièrement, se battre face à d’autres entreprises sur des appels d’offre. Scrum est dangereux car il y aurait une difficulté pour la contractualisation. Quelqu’un dit qu’il serait plus difficile d’être innovant avec du Scrum. Que l’exploratoire serait plus difficile…
Et la dernière : Scrum est dangereux, car il peut être mal compris ou utilisé incorrectement. Eric Mignot dit « pour moi l’un des seuls points faibles de Scrum, c’est que c’est extrêmement difficile à faire« . Et quelqu’un pour conclure en rigolant « … c’est pour cela qu’il y a une certification ». Scrum révèle beaucoup de choses.

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

Après cette première partie, nous enchainons maintenant sur une discussion afin de lister les bonnes choses dans Scrum

DEBUT DE LA DEUXIEME PARTIE : Scrum est une bonne chose car…

Scrum est une bonne chose car c’est un bon moyen pour commencer. Scrum est une bonne chose car il me permet rapidement de mieux connaître mes collègues. Scrum parle aux gens qui ne sont pas développeurs (pas forcément compris). Scrum aide à impliquer les gens. Scrum aide à faire émerger les problèmes, les boulets, les planqués dans une entreprise. Scrum est simple, on ne parle pas de développement logiciel. Quelqu’un dit « quand j’ai voulu former des non-développeurs à XP, cela a été plus difficile qu’avec Scrum. Le package Scrum est plus léger » (euh quelqu’un pour signaler que les 2 n’ont rien à voir s’il vous plaît ? merci). Isabelle propose que Scrum est une bonne chose car il donne des mesures précises sur l’avancement, et qu’il est facile de donner des mesures de cet avancement. Quelqu’un dit « Scrum est une bonne chose car le Waterfall est en recul ». David dit : Scrum est une bonne chose car il a réussit peut-être un peu mieux que XP à faire parler de l’Agilité. Virgile enchaîne: Scrum est une bonne chose car c’est plus facile de vendre des présentations XP. C’est un pied dans la porte pour parler d’XP.

Vincent de Pyxis aborde alors un point intéressant : Scrum est une bonne chose, car plus on aura des implémentations de Scrum qui vont échouer, plus le monde du développement logiciel va réaliser qu’il n’est pas bon. On peut espérer alors que l’on laissera ce job à des gens dont ce sera le métier, et que l’on ne laissera pas des amateurs mettre en place avec les conséquences que l’on sait, la méthode elle-même. Il parle d’amateurisme généralisé. Il faudrait que ce soit une profession…

Quelqu’un dit : Scrum permet d’échouer plus vite. Scrum est une bonne chose car il donne un cadre méthodologique à XP. Eric Mignot est une bonne chose, il favorise les comportements adultes dans les organisations. Scrum permet de montrer à d’autres équipes le résultat du travail des développeurs, grâce à la rétrospective. Emmanuel dit que Scrum ne laisse pas indifférent, il amène les gens à réfléchir sur les autres.

Scrum est une bonne chose car il donne du pouvoir au développeur. Scrum est une bonne chose par rapport à XP car on peut parler facilement des principes de l’Agilité à l’entreprise, aux développeurs. Scrum est une bonne chose car il permet de rendre légitime des pratiques comme les itérations ou les sprints.

Scrum est une bonne chose car il force les développeurs à lever régulièrement la tête de leur clavier, lors des rétrospectives, des réunions, des sprints meetings. Scrum c’est bien car cela évite de coder des choses inutiles. Scrum c’est bien car cela augmente la motivation des équipes. Les gens sont plus heureux.
Eric Mignot explique que des gens essayent le Scrum et reprenne du plaisir à bosser.
Vincent dit c’est une bonne chose car ce n’est pas une méthodologie. Donc cela ne donne pas l’illusion qu’il existerait une bonne recette pour développer du logiciel. On parle tout le temps de « méthodologie » pour Scrum, ce qui n’est pas vrai. Cela va plutôt nous permettre de nous tourner vers nous même pour trouver la solution, plutôt que de se baser sur une méthode pour résoudre un problème.

Scrum fournit des outils de communication, il permet de donner de la transparence et de l’honnêteté. Xavier dit « on jouera carte sur table ».
David Gageot: Scrum donne du rythme. Quelqu’un dit : Scrum est plus humain. Isabelle : Scrum donne le contrôle sur le projet au client. David explique que la notion de focus sur le « produit » est important. On est là pour développer quelque chose. Scrum est une bonne chose grâce au rôle du Product Owner. La notion de Product Backlog, de Product Owner est plus fort. Emmanuel rappelle dans XP la notion de Client qui existe déjà. Mais la notion de « responsable de produit » est plus forte dans Scrum…

Scrum est une bonne chose car il permet d’exploiter mieux l’humain. Les tableaux et la transparence permettent de voir l’avancement du projet. Quelqu’un explique que Scrum est une bonne chose car il est facile de trouver de la documentation et des ressources. Les retours sur expérience. Eric « Bob » dit que Scrum est une bonne chose car il permet de retrouver le plaisir qu’il avait à coder lorsqu’il était jeune.
Scrum est une bonne chose car il remet le bon sens au premier rang. Scrum est une bonne chose car il permet de créer des communautés. Yannick explique que Scrum est une bonne chose car on parle d’heure idéale, pas de 8h bête par jour. C’est une bonne chose encore une fois car cela force à nous réflechir

FIN DE LA DEUXIEME PARTIE

Passons à la synthèse : Eric demande si les personnes avec une carte rouge en main veulent prendre une carte verte, ou inversement. Les débats durent depuis 1h11…

La synthèse

Vincent explique que Scrum est une voie pour lui. Il se demande s’il y a du dogmatisme ? il ne sait pas. David a changé, il a bien aimé entendre que les gens ont conscience que le danger de Scrum est que ce n’est pas qu’un mot, qu’il n’est pas une recette magique, qu’il est difficile, bref que les gens sont réalistes sur Scrum.
Scrum n’est pas qu’une partie de l’Agilité, Jean-Laurent explique que pour l’instant il n’a pas trouvé mieux pour son besoin, dans son expérience professionnelle. En attendant peut-être de trouver mieux demain.
Michel fait une petite synthèse : Scrum peut être dangereux par la radicalisation des équipes (qui n’intervient pas tout le temps) et la certification (bien que finalement peu de gens savent en quoi elle consiste, que l’on confond CSM et CSP… mais bon passons). Il a les qualités de ses défauts et inversement… Il apporte de la transparence, ce qui peut être bien ou pas selon le point de vue. Virgile rebondit pour expliquer que chacun doit choisir sa voie, il permet d’être plus efficace, puis provoque un peu en utilisant l’image de machine-outil, de l’hyper-productivité. Ce qui le dérange avec Scrum c’est que au delà de son côté un petit peu humain, auto-organisé, il ne creuse pas le sujet « auto-organisation ». Par ailleurs, ce qui le dérange beaucoup, c’est qu’il est mis en place par des structures qui sont déjà dans une logique de rentabilisation de nos ressources humaines machines outils. Sur la chaine de production on se retrouve très exposé. C’est une méthode qui demande à la machine outil salarié de travailler en transparence, en binômage, à faire remonter toutes ses difficultés, avec une organisation derrière qui reste très traditionnelle, exploitation, rentabilité…
Note de Nicolas: soit c’est de la provocation intelligente, soit c’est de l’extrémisme qui montre une profonde méconnaissance de notre métier… Je suis effaré des propos, comme si la recherche de l’amélioration pouvait être critiquable, comme si la recherche de la performance, du plaisir de travailler intelligemment était critiquable… Monsieur Virgile je ne vous ai pas compris.

David explique qu’il y a beaucoup de business autour de Scrum. Vouloir embrasser toutes les équipes, c’est dangereux. Il y a toujours une phase exploratoire, mais nous devrions peut-être continuer à chercher, à ne pas s’arrêter à Scrum comme la solution. Il y aura sans doutes d’autres méthodes, d’autres approches plus tard.
Emmanuel enfin s’interroge sur la traduction de la réunion « Is scrum evil? » en anglais se traduit par diabolique, mais Eric Lefevre explique que la démarche était de construire une discussion, pas d’apporter une démarche de valeur.

Il faut accepter que d’autres personnes soient différentes, qu’elles préferent XP, qu’elles préferent du Waterfall, il faut avoir une tolérance sur les autres. L’essentiel est de se sentir bien.

Et pour terminer je me lance: Scrum est une bonne chose car cela va nous faire prendre conscience que dans la vie de l’entreprise, et dans le développement logiciel, notre oeil d’ingénieur qui pense avoir la vérité vraie, je pense à XP, je pense que l’on s’est planté. Et Scrum pour moi c’est un peu l’étincelle qui est entrain de nous faire prendre conscience que notre métier a besoin de personnes qui travaillent avec de la valeur humaine, de l’humanisme car Scrum c’est bcp sur la communication. C’est entrain de nous dire que ce que vous faîtes depuis 15-20 ans c’est quelque chose qui a été structuré historiquement, et Scrum réussit à faire ce que d’autres méthodes jusqu’à preuve du contraire, n’ont pas réussi : faire parler de l’Agilité, nous faire prendre conscience que l’industrie logicielle n’est pas parfaite.

Vincent explique que l’on a relativement peu confiance en l’humain. Il n’y a jamais eu pourtant de tentatives de comparer XP à Scrum, et il est marrant de constater comment le débat s’est en partie organisé face à XP. Quelqu’un dit que même pas 25% des entreprises réussiront avec Scrum.

Eric Mignot dit enfin qu’il pense qu’il y a un fantasme par rapport à la formation certifiante. Il demande « Pourquoi voulez-vous faire du Scrum ? » Les gens vont dire « pour régler tel et tel problème ». Eric dit « mais si tu connais le problème… pourquoi as-tu besoin de Scrum alors pour le résoudre ? ».
Vincent de Pyxis explique que l’origine de la certification est de crédibiliser la démarche par rapport à du Waterfall. Que dans les faits, 85% de ce que les gens vont apprendre lors de la formation sera oublié s’ils ne travaillent pas par la suite simplement en lisant un livre ou deux de Ken Schwaber. Je disais une fois à quelqu’un : Scrum c’est pas ta mère qui te fait passer ton Bac mon coco. C’est ensuite pour que tu fasses des études et que tu bosses, si vraiment tu veux t’impliquer et mettre en place Scrum dans ton équipe.

Eric Lefevre-Ardant propose pour terminer un livre :
« Artisanal Retro-Futurism
X
Team-Scale Anarcho Syndicalism »
Brian Marick

Ma petite conclusion et mon avis à moi que j’ai…
Tout d’abord sur les personnes présentes : les équipes de Pyxis par leur expérience ont conservé le débat sur le fond, chacun a exprimé ses points de vues, quelques remarques de personnes de la communauté purement XP pour pimenter, des interventions intéressantes de David qui avec sa carte rouge a amené Scrum sur la table d’examen, bref je resors de là avec de nouvelles idées et une prise de conscience. Vincent de Pyxis qui demande si ce n’est pas l’industrie qui est malade, Eric « Bob » Mignot assis à côté d’Emmanuel Gaillot, deux acteurs de théâtre c’était marrant.
Bravo à Eric et Guillaume qui ont piloté la séance, en laissant chacun s’exprimer tout en freinant les emballages de certains, c’était un moment agréable.

Une réflexion sur la certification pour faire avancer le débat:

Est-ce que la certification Spring est suffisante pour se déclarer prêt à coder une application d’entreprise dès le lendemain ? non. Elle est une garantie que vous avez reçu une formation par une personne habilitée et pas par un charlatan. Car il faut savoir que pour être CSP (certified scrum practionner) et formateur Scrum, c’est un sacré boulot, une reconnaissance par d’autres CSP, un ticket d’entrée à 7000 $ par an, ce qui fait que les gens qui sont formateur Scrum sont des gens qui DOIVENT en faire à plein temps, et qui doivent aussi être sur le terrain, en faisant de l’accompagnement d’équipe. Avez-vous déjà vu un professeur de fac à vos côtés le premier jour de votre premier boulot pour vous aider ? non. Et pourtant vous avez eu ce sacré diplôme qui vous a rendu « ingénieur » ou autre…
Le côté mercantile fait peur car aussi c’est un domaine que certains ne connaissent pas. Avez-vous déjà discuté avec des gens qui font des certifications sur des progiciels ? Pensez-vous que la certification Microsoft c’est bien ?
Il y a des gens qui savent mieux que d’autres, qui travaillent pour être formateur, afin que d’autres gens qui ne savent pas puissent apprendre. Ensuite il y a des gens, de l’humain. Il y a des vendeurs d’armes, qui savent que l’entreprise va se blesser. Il y a des vendeurs de valeur, d’engagement et de plaisir, qui viennent dans des équipes pour reconstruire un capital humain.
Prendre conscience que le système actuel peut être amélioré c’est une chose. Prendre ensuite les bons interlocuteurs pour progresser, c’est une autre affaire.

Mon avis très personnel est que nous manquons un peu d’objectivité sur Scrum. Nous devrions parler des effets secondaires à nos clients. Pour autant, n’est-ce pas de notre responsabilité de tenter de changer ? Il y a des gens qui sont planqués, qui végètent et qui s’éclatent dans leurs coins. Et puis il y a d’autres gens qui ne supportent pas un système de développement basé sur des techniques vieilles de 15-20 ans, où personne n’a cherché à comprendre l’absurdité de nos comportements. Il y a ceux qui sont frustrés car c’est l’équipe de foot Scrum qui en ce moment se la joue plutôt que son équipe XP.

A XP Day j’ai discuté avec beaucoup de personnes du métier ou des chefs de projets. Tous m’ont dit que sans Scrum ils n’auraient pas fait connaissance avec l’Agilité, puis le Lean, puis XP, bref le changement. Alors que Scrum soit le pont vers un autre monde, c’est quand même une bonne chose.

Je vous donne rendez-vous le jeudi 18 juin à partir de 19h00 à l’EPITA à Paris pour participer à un WorldCafe sur Scrum, organisé par le French SUG. Si vous voulez rencontrer des gens qui font du Scrum, n’hésitez pas à venir en vous inscrivant sur le site MeetUp du French SUG.

Resources
Eric a mit en ligne les photos de cette séance et de la journée
Merci à Eric et Guillaume.

Enfin vous retrouverez l’enregistrement complet de la session sur le podcast, si vous voulez revivre les 1h22 de la séance, avec 45mn pour la première partie…

4 réflexions sur « XP Day France 2009, Scrum est-il dangereux ? »

  1. Bonjour Nicolas,

    et merci pour ce compte-rendu impressionnant.

    Je suis le « Virgile extrêmiste » dont tu rapportes assez fidèlement les dires ! Je voudrais re-tenter de m’expliquer.

    J’ai été développeur dans une équipe Scrum pendant deux, dans une entreprise dont le schéma culturel serait proche de la routine selon la classification de Gerald M. Weinberg.

    On y observait :
    – Un management cultivant le secret et les décisions discrétionnaires,
    – Un manque de confiance et une suspicion généralisée,
    – Des accusations et des reproches personnelles à la moindre demande de changement,
    – Un renvoi de patate chaude plutôt qu’une collaboration,
    … et j’en passe.

    Je ne sais pas très bien, mais il s’avérait que le management était lui aussi de toute façon impuissant à changer quelque processus que ce soit.

    Forcément on aboutissait au concours de celui qui fera le moins parler de lui, les rétrospectives étaient mortifères et les dysfonctionnements structurels pourtant manifestes se perpétuaient. On faisait du Scrum oui, mot pour mot, mais je n’étais fier de rien.

    J’ai vécu des moments euphoriques avec Scrum, oui c’est vrai, dans certains contextes, ça peut être vraiment génial : on prend du plaisir à coder, à mettre en production souvent et régulièrement, on fête sincérement nos livraisons, tout le monde progresses et on s’améliore réellement en rétrospective. J’ai expérimenté ça aussi, mais rien de tout cela ne peut se produire sans un changement de culture radical.

    C’est parce que j’ai observé ces deux résultats totalement opposés que je ne pouvais pas de pas intervenir lors de cette session. Et tant pis si c’était maladroit. Je voulais poser la question du but poursuivi ? L’efficacité n’est pas un but en soi, ce n’est qu’un jugement quant à la qualité de la progression vers un but. Quel est donc le but ?

    Lorsque j’entends des intervenants expliquer qu’ils veulent mettre en place Scrum pour faire la chasse aux planqués, aux amateurs et pour mieux exploiter leurs ressources humaines et que tout le monde applaudi… je n’ai que des alertes.

    La comparaison avec une arme est pas mal… confie-t-on une arme à n’importe qui ? Si l’arme est utilisé à mauvais escient, le vendeur d’arme peut-il vraiment nier toute responsabilité ?

    Bref, j’espère m’être mieux fait comprendre et je suis prêt à discuter de tout.

    Cordialement,
    Colin

  2. Merci pour ton retour colin
    Mon expérience est que j’ai vécu 2 années en tant que responsable d’équipe, à appliquer des méthodes classiques. J’ai vu du gachi, de la démotivation et des gens qui s’étaient planqués… car ils s’ennuyaient.
    Tu demandes
    > Quel est donc le but ?
    Pour moi, recréer de la valeur humaine, améliorer la communication, respecter le client et ses demandes, améliorer la qualité de la communication, bref construire de la valeur humaine et se faire plaisir.
    Car qui a envie de bosser dans une équipe où la gestion de projet est en mode « Command-Control »? Qui a envie d’etre un exécutant (un homme machine) alors qu’un framework comme Scrum aide à mettre en avant des valeurs comme l’engagement, la responsabilité, le plaisir de bosser ?

    Scrum a été un moyen d’apporter du changement, avec des bons moments et des moments plus délicats. En relisant ton message je me dis que si les racines d’une entreprise ne sont pas éthiques, aucunes méthodes, aucuns frameworks ne pourront créer de la Valeur là où il n’y en a pas.
    Moi je cherche à travailler avec plaisir, avec du sens. Si ce que je fais n’a pas de sens ou si mon managment n’est pas éthique, je ne peux pas travailler. Les méthodes Agiles ont au moins l’avantage de faire changer les choses pour ceux qui veulent.

    Si tu viens le 18 juin au world cafe a paris on en parlera ensemble, les détails de l’évenement sont sur http://www.frenchsug.org
    Merci pour ton retour
    Nicolas

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