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Je passe indép

30 juillet 2012 2 458 affichages 4 commentaires

 Tous droits réservés par Floriantanplan FlickrQuoi mais tu n’étais pas déjà indépendant ?

Bon, pour ceux qui suivent le blog, j’explique : je suis déjà indépendant depuis 2008. Non j’aimerai parler aujourd’hui d’un autre sujet : les différentes personnes croisées ces dernières semaines, et qui rapidement me confient : « … ça y est je passe indép…« . Je ne sais pas si c’est la mode en ce moment, mais c’est une phrase que j’entends souvent.

Lors du dernier ParisJUG, 3 personnes différentes me confient qu’elles sont (ou vont) passer indépendants. Celui qui a terminé sa bière avec moi à 3h du matin par exemple, comme celui que j’ai vu au début de la soirée. Chacun a un parcours professionnel différent, mais le passage par la case indépendant semble maintenant faire partie du plan de carrière de pas mal des personnes que je croise.

Première question : pourquoi veux-tu passer indépendant ?

Chacun a sa motivation. Il est intéressant d’essayer de comprendre les raisons qui déclenchent ce passage.

Il y a tout d’abord celui qui en a ras la cacahuète de faire des missions « bof-bof » à Roubaix pendant la semaine, qui pense que les meilleures missions ne sont QUE pour les indépendants. Hummm le souci c’est que des missions bof-bof il faut en faire. En étant indépendant il est aussi plus difficile sans réseau de trouver des missions géniales. Je pense que j’ai bien mis 3 ans avant d’arriver à tourner aujourd’hui et à faire vraiment ce que j’ai envie de faire. Je ne regrette pas les expériences passées, chaque aventure est intéressante. Le marché sur Paris reste très fermé, même aux indépendants. On se retrouve parfois en concurrence avec de bons éléments de Xebia, Octo, Ippon ou SFEIR par exemple. Mais je vous rassure, on se retrouve en concurrence d’autres sociétés qui sont bien ras-les-paquerettes, ce qui laisse de nombreuses occasions de défendre son profil. Bref le message est le suivant : à moins de trouver un client avant de passer indépendant, ne pas s’attendre à faire « que » des missions géniales. Indépendant == Missions bofbof aussi.

Ensuite lorsque l’on regarde les sociétés de service comme Xebia, Octo, Valtech ou So@t pour n’en citer que quelques unes, il y a un souci avec les séniors. Il est certain qu’un jour ou l’autre, toi là qui me lis, tu auras envie d’aller faire un tour ailleurs. Normal après 4 ou 5 ans dans la même entreprise. Je me souviens de Didier Girard qui disait : en entretien je mets les choses simplement : j’explique que nous allons passer du temps ensemble, qu’il faut maximiser les échanges et s’éclater, avant de continuer son chemin ensuite. En parlant dès le départ de ce qui se passera « après » votre passage chez X ou Y, cela aide aussi à se projeter et à avancer. Mince, on n’arrive pas à faire rêver les vieux développeurs avec 10 ans d’expérience, alors qu’un junior avec 2 ou 3 ans d’expériences entre dans le moule sans souci. Je n’ai pas d’explications. Avoir la possibilité de travailler chez une bonne société devient ensuite un superbe atout pour passer chez un client, tenter une aventure en start-up ou… passer indépendant. Je ne pense pas cependant que le fait de cotoyer des indépendants entraîne une hémorragie chez les sociétés cités précédemment. Peut-être quelques hémorroïdes à certains commerciaux, mais je pense plutôt que chacun le fait dans un parcours professionnel.

Les revenus ensuite.  Quand je vois que le 2ème article le plus consulté sur ce blog parle d’argent, forcément c’est un sujet qui arrive rapidement dans la conversation. Pas mal de monde me dit : « j’ai lu tous tes articles, j’ai fait tous mes calculs, je me suis fait tatouer TxEp sur le bras, mon poisson rouge s’appelle Nicolas« . On a déjà traité en long, en large et en travers de ce qui est purement des revenus.

Il y a ceux qui du bout des lèvres demandent si « être indépendant…ça gagne bien… ???… « .

Ce à quoi je réponds, en posant les clés de mon Scénic sur la table (j’ai mis un porte-clé Porsche pour frimer), que oui, clairement ça gagne bien.

Ce que l’on gagne surtout, c’est de la liberté. Et ça, c’est un truc qui ne se calcule pas dans une feuille Excel. Il faudra quelques mois pour arrêter de penser comme un salarié. En étant indépendant, j’ai pu préparer Devoxx France 2013. Au total à 4 nous avons travaillé l’équivalent de 2 mois en moyenne par personne. En étant indépendant, en 2010 et en 2011 j’ai pu aussi faire une dizaine de conférences et de JUGs. Après une mission longue dans une Banque, j’ai tenté l’aventure startup fin 2009. Bon ça n’a pas fonctionné mais c’était très formateur. En 2010 j’ai eu le temps de développer l’eXpress-Board, 2 mois de code. Aujourd’hui le site marche super bien, c’est l’équivalent de 3 mois d’une facturation classique. Et en plus le site permet vraiment à des développeurs de trouver du boulot. Alors oui, on gagne énormément si cela va dans une démarche d’entrepreneur et de libe

Bref essayez aussi d’imaginer ce que vous pourrez faire « en plus » ou de manière différente si vous passez indépendant.

Je disais il y a 3 ans que « devenir indépendant c’est devenir dépendant des autres« . Il faut se construire un réseau, en s’investissant plus que ce que votre SSII vous apportait. Terminé votre arrivée en fanfare avec l’étiquette « c’est un gars de Xebio ou d’Octon Technologies« . La jeune AMOA blonde à forte poitrine ne se jettera pas sur vous parce que vous êtes un consultant sénior de 23 ans avec 10 ans d’expérience d’après votre CV. Non. Si vous êtes une fille, le vieux chef de projet de 31 ans ne regardera plus votre poitrine comme 2 courbes sinusoïdales qui lui rappellent qu’il était ingénieur avant d’être taille-crayon du patron.

Enfin il y a aussi le micro-macro-système parisien qui fausse peut-être la donne. Il est plus facile je pense de se lancer lorsque vous êtes presque assuré de trouver une mission en tant qu’indépendant. Les tarifs entre la province et Paris sont assez différents. Comptez 300 EUR HT pour un développeur avec un peu d’expérience, capable d’expliquer le fonctionnement de maven, de faire du Spring, d’expliquer pourquoi JSF ça rocks, de faire un peu de SVN et d’utiliser Eclipse. Ensuite si la personne est capable de faire des dessins au tableau et de prendre un air supérieur pour parler de la JVM, il peut passer au niveau « Architecte » et passer à 500 EUR. Si jamais il est certifié Java machin, allez hop, on s’envole vers les 550 EUR. Enfin, si après plusieurs formations et avoir lu des livres en Anglais il peut gérer une équipe de 5 personnes, alors on passe le cap des 650 EUR HT par jour. Ensuite il reste le grade « expert » où vous pouvez osciller entre 660 et 900 EUR/jour, mais dans ce cas il faut vraiment assurer.

Oui je parle en HT par jour.

Moi je navigue dans cette fourchette, en pensant à cette blonde AMOA dans la B.I. qui était facturée 1100 EUR à la Banque Postale… pour faire essentiellement du tableur Excel toute la journée.

Bref si la mode est à l’Indépendance, cela reste cependant encore un épiphénomène. 

…faudrait valider tout cela avec des chiffres… genre un sondage.

 

4 commentaires »

  • Olivier Croisier a dit:

    Par pure coïncidence, le XKCD du jour illustre partfaitement l’article :)
    http://xkcd.com/1088/

  • Jean-Philippe Encausse a dit:

    Excellent article !

    Dis moi,
    - quand tu vis déjà avec une indep (non informaticien)
    - que tu es senior (http://www.touilleur-express.fr/2009/07/27/senior/)
    - que tu vie en France
    - et que, bon, le management petit chef voilà quoi …

    Il reste quoi comme autre solution ? ^^

    J’aimerai évoluer vers la veille stratégique et l’innovations pour accompagner les technos/startup de demain mais les postes sont rares et souvent en interne.

    Pire ! en ce moment 90% des startup sont à Londres… et ca me fait mal au coeur de voir tant de « copycat » qui partent sur une idée sans penser à l’ensemble de la problématique.

  • Piwaï a dit:

    Après deux ans de bons et loyaux services, j’ai quitté il y a un an ma belle SSII qui me traitait pourtant plutôt bien, pour bosser en tant qu’indep pour une startup. Un an après… comment dire… je suis heureux. Je réalise chaque jour à quel point j’adore ce que je fais, mais aussi quelle liberté j’ai. En fait, le mot travail dans son sens étymologique ne s’applique plus :) . Ce que je ferai dans 5 ans ? Pas la moindre idée, et ça ne me stresse pas plus que ça. J’espère continuer à pouvoir coder avec plaisir :) .

    Au passage, merci à toi Nicolas, je n’aurai probablement pas franchit le pas si tu n’avais pas fait passer ce type de message :) .

  • DuyHai DOAN a dit:

    C’est fait pour moi aussi. Viens de passer indep. Je vais démarrer dans une équipe web 2.0 qui promet. Projet startup mais rattaché à une maison mère pour assurer l’assise financière.

    Les posts de Nico m’ont donné envie. Les démarches admins ne sont pas si compliquées qu’on ne le croit.

    Par contre je confirme qu’au niveau technique il faut assurer, fini le pipotage et le CV « retravaillé » par le commercial. Chaque techno mise sur le CV doit être au moins pratiquée (si vous avez fait un HelloWorld avec la techno, il faut pas la mettre sur le CV)