Cela va trop vite. On a beau vous parler de particules, du why et de peta-octets, cette journée est passée très vite. OCTO Technology avec le BCG organise la 4ème conférence de l’USI. Selon des chiffres donnés par l’équipe d’organisation, environ 600 personnes en tout. La salle principale a été agrandie par rapport à l’an passé, et cette année l’USI 2011 était sold-out. Je confirme l’impression : il y avait beaucoup de monde.

Côté organisation tout d’abord, c’est un sans faute. Accueil, buffet, organisation des salles et des buffets : parfait. Plus de 60% des participants à l’USI appartiennent à une société ou un groupe de plus de 1000 personnes, selon un sondage rapide dans la salle. Mon avis (très personnel pour le coup) c’est qu’il y a moins de geeks cette année. J’en veux aussi pour preuve les questions de la salle. Alors que le monsieur du CERN te parle de Pétaoctet, voilà-t-y pas que tu lui demandes sa méthode de gestion de projet… Ou lorsque je te parle d’architecture de LinkedIn et que tu t’étonnes devant l’organisation par petites équipes, excuse-moi, mais là tu fais ton Boss. Enfin le tag #USIEvent n’a pas été très utilisé. Mais bon, c’est mon côté Geek People.

Simon Sinek

Nous débutons la journée par une Keynote qui déboite. Simon Sinek nous fait prendre conscience de l’importance du « WHY ». Tout projet, toute entreprise et toute équipe, au lieu de se braquer sur le « WHAT » devrait penser au « WHY ». Pourquoi une entreprise comme Apple réussit à vendre un lecteur MP3 là où d’autres ont échoué ? Car plutôt que la fonctionnalité, vous achetez une idée et des valeurs. Cette présentation nous a tous bluffé. Je vous conseille de prendre 50mn et de la revoir sur le site de l’université du SI. Vraiment passionnant.

Les nouveaux Business Models

Je continue ensuite avec une présentation de Nicolas Kachaner du BCG (Boston Consulting Group). Point positif : présentation très BCG. Point négatif : très BCG. Sur le fond, c’est imparable. Cette présentation vaut un cours dans un MBA ou une école de commerce. Sur la forme, personne ne peut lire un slide avec 9 cases et du texte écrit petit. Il manque un peu de light pour que le message passe. Mais sur le fond, c’est vraiment du caviar. Nicolas Kachaner présente entre autres 7 approches des nouveaux Business Models. Je retiens l’exemple de Mercedes. Il y a quelques années, la branche camion de Mercedes vendait des camions. Aujourd’hui elle vend des kilomètres. Prenez ce pattern et transposez-le à l’informatique. Il y a quelques années j’achetais un serveur sur Internet. Aujourd’hui je paye l’usage de mes clients, sur des plateformes comme Google App Engine. Ce shift marche aussi chez nous les Geeks. Une très bonne présentation.

La numérisation du champ de bataille

J’enchaîne avec une présentation du Général Bentegeat, Général de l’Armée de Terre, venu nous parler de la numérisation du champ de bataill. Ce qui a tout déclenché, c’est 2003 : la guerre en Irak. Comment une armée de 30 000 soldats a effacé du territoire irakien une armée de 300 000 hommes ? L’information et la technologie. Il explique ensuite le travail des Européens, la mise en place longue et compliqué de l’hyper-information. Les points positifs : chaque soldat a une vision globale, la prise de décision est meilleure et les dégâts collatéraux sont moins importants. Points négatifs : il ne faut pas oublier de regarder parfois le terrain, et l’informatique ne peut pas tout remplacer. Présentation décalée et intéressante, j’ai bien aimé.

Retour sur l’impact de la démographique sur nos modèles de sociétés

En suivant, une présentation de Pierre Sabatier, qui pour ce coup, aurait mérité une heure. En 30 minutes, nous découvrons l’évolution de la démographie et son implication sur les facteurs économiques. Le Japon, qui est déjà un pays vieux, nous donne avec 10 ans d’avance une idée de ce qui nous attends, plus ou moins. Cette présentation économiste et démographique nous fait prendre conscience que nos pays vieillissent, et qu’il est urgent de prendre en compte la démographique. Il cite l’Allemagne et l’Espagne, dommage qu’il n’ait pas parlé des bons taux de naissance en France. Saviez-vous que nous avions en moyenne 2.02 enfants par femme contre 1.4 en Allemagne ? Et que tout ceci, c’est grâce à notre politique sociale et de prise en charge de l’enfant dès 3 ans dans les écoles ?
Si notre espérance de vie augmente, notre niveau de vie « sans pépin de santé » n’a pas bougé. En bref, à partir de 70 ans nous pouvons commencer à connaître des soucis lourds de santé. Mais comme nous vivons plus longtemps, cela a un impact sur le coût de la prise en charge des personnes âgés. Il ne sera plus possible d’ignorer les 65ans et plus. Et quelque part, on comprend bien que la retraite à 55 ans n’a pas de sens « économique » pour l’ensemble des personnes actives. Oublions le débat politique, il présente des faits économiques. Intéressant pour mieux se connaître.

Keynote de Ray Kurzweil

Nous terminons la matinée par une Keynote. L’ensemble des participants de l’USI se retrouve dans la grande salle. Sur scène, un grand monsieur (private joke). Ray Kurzweil est une personne très brillante. Inventeur de l’OCR, du scanner à plat, géo trouvetout dans l’âme, il vient nous parler de notre futur. Je retiens que nous aurons bientôt des nanorobots dans notre corps, à même de nous « réparer » et de nous aider dans notre vie quotidienne. Il présente un ensemble de courbes, qui globalement racontent la même chose : tout augmente chaque année. La mémoire, le prix d’un octet, la puissance machine pour 1 USD, la loi de Moore, tout augmente ou diminue… Sur le fond, j’ai préféré Juan l’an passé. Sur la forme, c’était pas top. Je ressors sans l’effet Waouh. Mais après 3 USI, on devient difficile mon bon monsieur.

Pause repas / Présentation de SalesForce.com

Le repas est l’occasion de rencontrer quelques geeks, de discuter avec les finalistes du Challenge USI et de partager nos impressions sur la matinée. L’après-midi est placé sur le signe de la technique. Nous reprenons avec une présentation de l’entreprise sociale par Alexandre Dayon de SalesForce. Je n’ai pas appris grand chose. J’ai compris que SalesForce était une entreprise 2.0, avec des outils et des solutions pour améliorer la part sociale d’une entreprise. J’ai bien aimé le style, l’effet très américain. Mais franchement, montrer une vidéo de Gatorade à des gens qui viennent de manger des petits fours, non. Pas grand chose pour le geek que je suis à retenir, même si la forme était sympa, et que le speaker était plutôt bon.

Sommes-nous arrivés à la fin des bases de données relationnelles ?

Je reprends ensuite avec une présentation d’un speaker « certifié 100% USI » en la personne d’Olivier Mallassi. Sommes-nous arrivé aujourd’hui à la fin des bases de données relationnelles ? Sans citer plus que cela NoSQL, il présente les concepts et les principes qui viennent challenger les bases relationnelles. Nos besoins aujourd’hui sont de l’élasticité, de la flexibilité, une tolérance aux pannes plus importante et une architecture simple. Il passe en revue les principes ACID, le théorème de CAP d’Eric Brewer, et la conclusion est intéressante. Nous ne sommes pas à la fin des bases relationnelles. Mais par contre, il y a d’autres alternatives pour le système d’information, et regardez-les.

Les GPU dans la Finance pour des calculs plus rapides, moins chers et plus puissants

Après un break, où je prends le temps de discuter avec pas mal de geeks, comme Guillaume Duquesnay (Monsieur Plouf) nous avons assisté à une présentation intéressante sur les GPU. Ces processeurs graphiques sont particulièrement adaptés aux traitements massivement parrallèle, comme le présente très bien André Nedelcoux. Une puce nVidia c’est 456 cores, adaptés aux traitements identiques. Prenez un calcul statistique de Monte-Carlo par exemple. Ces processeurs sont aujourd’hui utilisés dans la Finance. Les engagements de calculs de risques demandent aux banques de faire mieux, et plus vite. Pour avoir moi-même bossé chez Reuters et chez BNP-Paribas, je confirme que j’ai entendu parler de ces projets de calculs sur GPU. Intéressant.

Retour sur l’architecture de LinkedIn

Yassine Hinnache de LinkedIn a ensuite fait une présentation très complète de l’architecture de LinkedIn. Il nous présente les évolutions de l’architecture, de la fondation du projet en février 2003 à la version actuelle. Cette présentation assez complète d’une heure méritera que je vous en parle dans un billet séparé. Je pense que les retours sur expérience sont souvent de bonnes présentations. A revoir sur le site de l’USI 2011.

Mystères de l’univers : des réponses cachées dans des milliards de peta-octets

Nous terminons la journée par la meilleure présentation de la journée. Wolfgang von Rüden est un administrateur important du CERN. L’accélérateur de particules situé à Genève, est un projet qui a plus de 20 ans. Le tunnel initial de 27 km date de 1981, avec le LEP. Depuis 2008, celui-ci a été remplacé par le grand collisionneur de hadrons, ou LHC. Et il vient nous raconter pendant une heure passionnante, l’aventure de ce projet. Cette présentation était passionnante. Imaginez un anneau de 27 km de long. Des particules effectuent 11 000 tours par seconde. Le volume de données déjà accumulé dépasse les 20 pétaoctets… L’un des objectifs du LHC est de prouver l’existence du boson de Higgs ou non. La grande question qui doit aussi vous faire réfléchir : nous ne connaissons que 4% de l’Univers. De quoi est constitué les 96% restant ? Qu’est-ce que l’antimatière ?

Pour comprendre cela, le LHC créé des mini-bigbangs. Rien de dangereux là-dedans. Et puis de toutes les façons, si cela venait à créer un trou noir, nous serions tous instantanément rapproché à un seul endroit dans une toute petite particule. Ce serait pas beau de terminer tous ensemble ?
Pour chaque tir, je crois avoir noté qu’il n’y a « que » 1013 chances de trouver quelque chose de probant. D’ailleurs la confirmation de l’existence du boson de Higgs s’exprimerait en statistiques.

Concernant le CERN, c’est un organisme créé en 1954. Aujourd’hui, plus de 100 nationnalités, , 2900 physiciens et 174 universités
ont participé au projet. C’est aussi un formidable laboratoire de formation pour les meilleurs physiciens dans le monde.

Le LHC c’est donc :
1) un accélérateur
2) des détecteurs avec par exemple une résolution de 100 millions de pixels et une capacité de 40 millions de photo par seconde
3) 4 capteurs expériences de la taille d’une cathédrale
3) un système informatique avec 130 centres de calcul configurés en grille

Pour bien comprendre ce qui se passe, écoutez cette histoire :
A chaque collision, le système n’a que 3 ms pour décider s’il garde ou non les données de la collision. Chaque collision génère un Pétaoctet de données. En application, le système ne peut pas sauvegarder toutes les données de chaque tir. Il faut au final une capacité de calcul et de stockage de 15 péta-octets par années. Et cette ensemble de données doit être accessible et diffusé à un premier ensemble de 11 laboratoires, situés partout dans le monde. Pour cela, le CERN a des liaisons en fibre optique, avec des débits de 5 à 6 Go/secondes, comme le montre une mappemonde présentée par le speaker…
A chaque seconde, l’équivalent d’un DVD est diffusé aux centres de recherche. A chaque seconde…

Pour capturer ces informations, il y a aujourd’hui 4 capteurs, correspondant à différentes expériences. Il nous présente le capteur ATLAS. 7000 tonnes, 150 millions de capteurs, et 1 pt oct par seconde d’informations collectées…
Il n’y a qu’une collision sur 10 millions qui dans les faits, peut intéresser les physiciens. Cela représente déjà 45 Pétaoctets de données collectées. Le système de calcul est une énorme grille, avec environ 200 000 coeurs, 150 PB de disques durs, qui tombent statistiquement en panne en permanence, vu le nombre de disques…

Lors d’une collision, le filtrage immédiat travaille à 300 000 MB/sec (si j’ai bien noté les chiffres). L’expérience CMS est à 200MB/s, ALICE à 100 MB/s. Bref je vous laisse imaginer les cables de fibres optiques, et le travail de titan de l’I.T. en charge de la supervision.

Le 30 mars 2010, le LHC a confirmé l’existence de la particule W. Et depuis, de nombreuses particules W ont été observés. Avoir un anneau de 27 km pose des soucis bien particuliers. Prenez l’influence de la Lune. Vous connaissez comme moi son effet sur la mer, avec les marées. Or lorsque vous mesurez des toutes petites particules, saviez-vous que la Lune exerce une attraction sur le LHC ? Pour calibrer l’appareil, l’ensemble mesure la diffusion de particules cosmiques, qui se déplacent en pur ligne droite. Le déplacement de ces particules étant perturbés par l’attraction de la Lune, les ordinateurs corrigent les mesures… Bon je sais que je dois avoir le niveau d’un gosse de maternelle, et qu’un physicien me tuerait sur place, mais vous avez l’idee. Le LHC est calibré grâce aux particules venues de l’espace, qui traversent à tout instant notre planète…

Pour conclure, ce projet a une importance à court et moyen-long terme. Tout d’abord, c’est le projet le plus compliqué d’un point de vue informatique sur Terre. Oubliez les vendeurs de timbres sur eBay ou votre copine Anne sur Facebook. Là on parle bien d’un truc de barbu, avec des volumes de données tout simplement impressionnant. Et les origines de l’univers sont quelques parts sur un disque dur… Pas encore, mais les grandes découvertes sont attendues d’ici 6 à 12 mois.

Conclusion

L’USI 2011 c’est ça : un cocktail de conférences et d’échanges sur des thèmes ouverts, autour de notre métier et de la technique. Cette première journée était en sandwich entre 2 Keynotes excellentes, et j’ai hâte de suivre la suite demain !

6 réflexions sur « USI 2011 : retour sur la première journée »

  1. Très intéressant pour les gens qui n’ont pas pu se déplacer pour la conférence. Par contre quelque chose m’intrique : le terme pétractoctet est utilisé quatre fois. Cela signifie t il quelque chose? Ou s’agit il d’une typo à chaque fois?

  2. La dernière keynote de la journée sur le générateur de ‘mini-big-bang’ était passionnante. Sans doute la meilleure présentation de la journée. Merci Octo de nous avoir donné l’opportunité de rencontrer cet ancien directeur du CERN aussi drôle que captivant.

  3. Je partage la remarque sur le « moins geek ». Je suis passé en mode furtif (je suis sur une de tes photos d’ailleurs ;-)) et autant l’an dernier ça m’a redonné envie de coder, autant cette année c’est pas le cas… Les sujets qui m’auraient plus étaient le 1er jour… Too bad…

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