Ci-dessous mes notes de la présentation

Philosophe, et membre du comité consultant nation d’éthique.

Quel est le rôle tout d’abord du manager ? Son travail est de faire travailler les autres. Or vous l’avez sans doute noté, les autres: ils ne veulent pas travailler. Demandez à n’importe quel salarié : que feriez-vous avec 50 millions d’euro ? J’arrêterai de travailler.

Demandez-vous combien de gens auraient envie de continuer à travailler ?
Travailler sous votre direction c’est d’abord une contrainte.

Gardien d’esclave dans l’antiquité ce n’était pas drôle. Pourtant, c’ était des managers : ils faisaient travailler des gens qui n’avaient pas envie de travailler. Dieu merci, au XXI ème siècle, nous n’utilisons plus le fouet.

Les gens ne cherchent pas du travail mais du bonheur

L’entreprise quant à elle, ce qu’elle cherche ce n’est pas le travail. Ce n’est pas de créer des emplois. C’est de créer de la richesse. En économie capitaliste : faire du profit. Une entreprise pour sauver sa rentabilité n’hésite pas à licencier.
– un salarié cherche le bonheur, une entreprise cherche la valeur.
– personne ne cherche le travail.
Comment trouver le sens au travail si personne ne cherche le travail pour le travail ?

C’est le problème du management.

Comment donner un sens au travail ?
Les lois Aubry auraient fait baisser la valeur du travail dit-on parfois. Mais d’abord, quel sens donner au mot valeur ? La valeur économique ou la valeur morale ? Il ne peut pas s’agir de la valeur économique. Elles entrainent une augmentation du coût du travail. Il n’y a pas de baisse de la valeur économique du travail. Le travail n’a jamais été aussi cher.
Pour la plupart de leurs salaries, le travail est de moins en moins une valeur morale.

Le travail n’est pas une valeur morale, c’est pour quoi il doit avoir un sens. La génération Y, prononcez Y en anglais… WHY ? Cette génération veut comprendre pourquoi elles travaillent.

Dans son ouvrage « Petit traité des grandes vertus » il n’y a pas de chapitre sur le travail. Oui car ce n’est pas une valeur. Le travail est un châtiment : tu le gagneras à la sueur de ton front.

Le mot « travail » en Français vient du bas latin « trepalium », instrument de torture. Comprenez bien que le travail tire sa racine éthymologique d’un mot de souffrance. D’ailleurs pensez un instant à « une salle de travail » dans une clinique. Si l’accouchement, le travail justement, ne fait pas mal… Bref vous l’aurez compris, il y a un rapport avec la souffrance.

Est-ce que le travail est une valeur morale ?
Les vacances et le salaire prouvent que le travail n’est pas une valeur morale. Si la générosité par exemple est une valeur morale, c’est parce qu’elle est valable les 52 semaines de l’année. Une valeur morale est sans repos et sans cesse. Tout travail mérite repos. Le travail n’est donc pas une valeur morale.

Le salaire. Pour être aimé, est-ce que vous payez ? Pour être juste vous demandez combien ? Pour être généreux, vous demandez combien ? Tout travail mérite salaire,
Une valeur morale n’est pas soumise à un marché, il y a un marché du travail, le travail donc n’est pas une valeur morale.

Vous manager, vous ne payez pas vos salariés pour être généreux, juste ou aimant. Vous les payez pour leur travail. Le travail n’est pas une valeur morale, il a donc une valeur marchande. Ce n’est pas un devoir, c’est pour quoi il a un prix.
Ami manager, n’utilisez pas la morale pour manager. Le travail n’est pas moral.

Le travail doit avoir un sens

Deuxième idée : le travail n’est pas une valeur morale, c’est pourquoi il doit avoir un sens. La valeur et le sens sont donc différents. Une valeur est toujours intra-sèque. Elle vaut en elle-même. Le sens est toujours extra-sèque.
En Français le mot sens a plusieurs sens. Il y en a principalement 3 :
– sens comme sensation, les 5 sens
– sens peut être signification
– sens peut aussi vouloir dire direction
Lorsque l’on s’interroge sur le sens du travail, est-ce que l’on réfléchit à la sensation ? Les conditions de travail sont importantes. Est-ce que mon travail a une signification ? Est-ce qu’il va quelque part ?

La sensation tout d’abord. L’odorat est inodore. Ecoutez votre oiue. Je vous propose de voir votre vue… La vue est invisible. Aucun des 5 sens ne se perçoit lui même. Il est sensation de l’autre. Le sens d’un mot n’est pas ce mot mais ce qu’il désigne. La signification n’est que extra-sèque.
La direction ensuite. Une direction n’a de sens que lorsque vous n’êtes pas arrivé. Le sens c’est où l’on va. Le sens est toujours ailleurs. Nous, nous sommes toujours ici. Mais le sens n’est jamais ici mais là bas où vous allez. Bref il n’est direction que vers l’autre. Lorsque l’on pense avoir atteint le sens de sa vie… en fait on ne peut pas atteindre.
Lorsque tu deviens chef de projet; sens que tu suivais, tu verras que tu n’as pas trouvé le sens de ta vie. Car une fois que tu as atteint un point, tu n’as pas atteint le sens.

Le sens du travail c’est forcément autre chose que le travail. Lorsque le doigt montre la Lune, l’imbécile regarde la Lune. Les managers regardent le doigt. Or regarder la Lune n’a pas de sens. Ton doigt montre la direction, et je suis donc intéressé par ton doigt car tu me montres la direction.
Le vrai manager c’est pas celui qui montre son doigt mais qui montre la Lune.

Est-ce qu’un enfant a du sens ? Nous aimons nos enfants, ce qui donne du sens. Ce n’est pas le sens qui est aimable, c’est l’amour qui fait sens.

Le sens du travail c’est forcément autre chose que le travail. Cette chose ne fait sens qu’à proportion de l’amour que nous portons.
Votre métier de manager n’est pas facile mais pas impossible. Vos collaborateurs aiment tous quelque choses. Ils aiment quoi ? L’argent bien sûr !
D’ailleurs dès lors qu’ils ont un enfant, ils travaillent par amour de leur enfant.

L’argent ne suffit pas à recruter et à conserver les meilleurs. Si vous ne proposez que le salaire, ce n’est pas suffisant. Si vous ne proposez que des raisons médiocres, vous ne garderez que les médiocres. Vos salariés veulent plus.

Cela dit, le marché du travail fixe le salaire. Aucune entreprise ne peut payer 20 à 30% de plus.

Si les salariés viennent travailler chez moi, c’est qu’ils ont envie de venir chez moi. Quel est l’intérêt majeur de votre entreprise ? Avoir les meilleurs salariés. C’est même plus important que d’avoir les meilleurs clients. La réciproque n’est pas vraie : les meilleurs clients ne donnent pas les meilleurs salariés.

Il faut que vos salariés soient plus heureux dans votre entreprise que chez vos concurrents. Il faut être heureux et il serait dommage de devoir attendre la fin de journée pour être heureux.

Vous n’aurez et vous ne garderez les meilleurs salariés que si ceux-ci sont plus heureux chez vous que chez vos concurrents.

André termine par une citation d’Aristote : le désir est l’unique sens de l’Homme.

Un Manager est donc le professionnel du désir de l’autre. Le désir est l’essence même de l’Homme.

Comme le disait déjà Aristote dans le De Anima (III, 10), « il n’y a qu’un seul principe moteur, la faculté désirante » : le désir est l’unique force motrice, ce pourquoi Aristote rattache au désir et le courage et la volonté (De Anima, II, 3). Voir aussi cet article.

5 réflexions sur « USI 2011 André Comte-Sponville »

  1. Rarement vu un tel ramassis de bullshit !

    L’éthymologie de travail est « tripaliare », ce qui veut dire « torturer avec un trepalium ». Etant donné que le travail était jusqu’à récemment (a l’échelle de l’Histoire) forcé par des instruments de torture c’est plutôt logique comme éthymologie.
    L’éthymologie vient d’un état de fait de son époque. Est-ce à dire que cela est toujours valable de nos jours ? je ne le crois pas.

    Tout le propos est à l’avenant. Que de contre vérités, d’inexactitude, de malhonnêteté intelectuelle !

    « Les lois Aubry auraient fait baisser la valeur du travail dit-on parfois. » : non, personne n’a jamais dit ça. Qui est « on » ? qui cite-t-il ? On dit plutôt :  »
    Les lois Aubry augmentent le cout du travail » ou « Les lois Aubry ne promeuvent pas la « valeur travail » ». Ce n’est pas pareil.

    Que le fait de *vouloir* travailler et de *mériter* ce qu’on gagne par l’effort ne soit pas une de ses valeurs, pas de problème. Mais il ne peut en déduire que ce n’en est pas une simplement parce qu’elle soumise à un marché.

    Pourquoi une valeur n’est pas soumise à un marché ? :
    « Pour être généreux, vous demandez combien » -> 60% de crédit d’impot peut-être ?

    La travail n’est pas une valeur morale en effet (qui le dit ?), c’est une valeur éthique ! Au sens que LUI l’écrit dans « Le Capitalisme est-il moral ?, Albin Michel » car on peut réaliser un travail par amour de celui-ci ou par amour de ce qu’il engendre.

    Sa vision de l’entreprise est étroite au possible. Comme toujours, son expérience de l’entreprise se résume à rien ! En bon universitaire qui n’a jamais mit les pieds dans une entreprise de sa vie..

    « Vos collaborateurs aiment tous quelque choses. Ils aiment quoi ? L’argent bien sûr ! » : il est sérieux là ? J’ai l’impression de lire un texte d’il y a 50 ans…

    « Nous aimons nos enfants, ce qui donne du sens. Ce n’est pas le sens qui est aimable, c’est l’amour qui fait sens. » : et le travail on ne peut pas l’aimer ? peut-il définir ce qu’est l’amour ? Parce que si la seule chose qui donne du sens c’est l’amour quand il s’agit de l’amour filial, il dit simplement que la vie n’a de sens qu’au travers des enfants, ce qui est réducteur au possible.

    Mais que fait cet article sur ton blog sinon ?

  2. « personne ne cherche le travail pour le travail  »
    Pas si simple. Paul Valery, dans son Journal, par exemple.
    Freud a nommé ça la sublimation.

    PS @waddle c’est étymologie. L’éthymologie c’est à consommer avec modération.

  3. L’intervention d’André ne me semble pas voler bien haut.
    Dit autrement, les considérations pratiques de la pensée d’André me semblent de faible valeur.

    Je me demande même s’il connait (pour rester dans le domaine de l’informatique) les logiciels libres. Qualifierait-il toujours le travail des développeurs de logiciel libre uniquement en rapport avec la souffrance ? Est-ce à dire, alors, que les développeurs de logiciel libre sont des sado-masochistes ?

    Et plus généralement, croit-il que l’on ne peut pas s’épanouir à travers le travail ? Qu’il n’y a que des rapports de force frustrants et insatisfaisants ? Que seule la valeur « argent » fait foi ?
    A se demander, effectivement, s’il connait le monde de l’entreprise…

  4. Bonjour

    Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense qu’on peut appliquer les propos de Mr Comte-Sponville au logiciel libre.

    Explication : prenez le mot « entreprise » comme « ce que l’on entreprend, un projet », et non comme une personne morale avec qui on signe un contrat de travail. En ce sens, une entreprise vise toujours la création de richesse, sauf que pour un logiciel libre, il s’agit de richesse intellectuelle et non pas de richesse au sens pécunier du terme. Un grand nombre de projets open source sont d’ailleurs gratuits.

    Un projet open-source peut d’ailleurs écarter un développeur s’il l’empêche de produire de la richesse, un comitter qui ne teste pas son code, par exemple ;-). Bien sur, l’échelle est différente : la rentabilité intellectuelle est difficilement mesurable, chacun participe à un projet pour une raison qui lui est propre, et le licenciement n’existe pas en tant que tel. Mais les arguments avancés ne sont pas totalement hors de propos.

    « Les lois Aubry auraient fait baisser la valeur du travail, dit-on parfois ». Le problème du « on », c’est qu’on ne sait pas qui c’est. Difficile de débattre là dessus, d’ailleurs le débat est-il seulement d’actualité ?

    « Le travail est un châtiment ». Là il y va fort… Je dirais plutôt une « peine ». On se donne la peine de travailler au lieu de faire autre chose. Un salarié qui se plait dans son entreprise verra ça comme un bien moindre mal. A contrario, un salarié qui ne s’y plait pas sentira le poids de cette peine tous les jours.

    « Toute peine mérite salaire », pour le coup je ne peux qu’adhérer. Si vous produisez de la richesse (calculée en euros), vous en méritez une fraction. D’aucuns diront que cette fraction est toujours trop faible, mais là n’est pas le propos :-). Si vous travaillez pour un projet open source, ce salaire, cette récompense, prend une autre forme (fierté, satisfaction).

    En attendant, cela n’en rend pas le travail plus moral. Qu’il s’agisse d’une entreprise (société) ou d’un projet open-source, le travail a une valeur. Marchande dans le premier cas, moral dans le second. « Ce n’est pas un devoir, c’est pourquoi il a un prix ». Est-ce que vous seriez prêts à travailler pour un projet open-source qui ne produit pas une seule version utilisable (même pré-alpha), qui ne vous cite pas, ou pour lequel les résultats ne sont jamais visibles ?

    Je pense que l’argumentaire de Mr Comte-Sponville est fondé, mais qu’il est trop axé sur la vision « entreprise ». Par exemple, seriez-vous d’accord pour dire : « Vos collaborateurs aiment tous quelque choses. Ils aiment quoi ? Leur récompense bien sûr (fierté, crédits, reconnaissance, …) ! » ?

    D’ailleurs, si le monde du logiciel libre est si florissant, est-ce que c’est parce que des « travailleurs » s’épanouissent plus dans ce monde que dans celui de l’entreprise ?

    En tout cas merci pour ce débat passionnant !

    🙂

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