Crédit photo : Jonathan W, licence Commons Creative 2.0

Olivier Hascoat taille un portrait très juste en 20 minutes des bides d’Internet afin de proposer des solutions aux Boss. Sur le thème « Durable », cette présentation nous fait réfléchir sur la place des entreprises qui lancent des projets Internet.

Olivier est l’ancien DG de MySpace, qu’il a quitté en septembre 2009. Consultant indépendant, son parcours dans différentes entreprises se transforme en un témoignage très juste de ces dernières années. Les entreprises s’abreuvent de stratégie de croyance par l’innovation. Très intéressant car cela entraîne la toute puissance de la vision du Chef, abreuvé par des articles et par ses diners en ville, qu’il faut bien faire réaliser ensuite. Et la cellule de Dèv a parfois toutes les peines à réaliser la dernière idée « géniale » du patron. Cela marche dans l’autre sens. Combien de projets hyper-techniques sans réelles débouchées ?

Les grands groupes ont racheté les services Internets, peut-être persuadés trop vite de faire une bonne affaire. Malgré la crise de la bulle Internet, la débauche a continué dans une moindre mesure.

Olivier Hascoat présente 4 points importants :
1) un constat d’échec pour certains projets dans un silence assourdissant
2) une exécution médiocre pour certains projets alors que l’idée est bien
3) des CEO avec un état-major trop éloigné du terrain
4) le web 2.0 et le retour de l’artisan développeur

Un slide résume assez bien la situation de quelques perles d’Internet. Qui se rappelle de Napster ? Vizzavi ? Flip ? ZeBank ? Go.com ? GetMusic ? Boo.com le site qui a brulé 100 millions de dollars pour vendre des vêtements ou encore de MovieLink ?

Ces projets étaient poussés parfois par l’état major des grandes entreprises des médias, qui n’avaient pas forcément la culture ou les équipes adéquates pour la réalisation de ces projets. Finalement ceux qui ont réussi ne viennent pas des grands groupes médias. Facebook ? une initiative d’un étudiant. Google ? 2 étudiants de Stanford… Les entreprises qui ont réussi sur Internet ne sont pas des projets issus des grandes entreprises de la communication.

Ce qui coince aussi sur ces projets, c’est la réalisation. Il y a eu beaucoup de sites lancés rapidement… qui ne marchaient même pas. Olivier se demande si les patrons de ces projets ont même essayé de s’en servir vraiment, tellement certaines erreurs étaient flagrantes. Saviez-vous qu’au contraire Steve Jobs teste beaucoup de ses produits et qu’il peut tout arrêter si cela ne lui plaît pas ?

Souvent les détails sont mal maîtrisés. Les fonctions de bases ne sont pas bien codées, c’est une catastrophe. Nous voyons sur les slides l’exemple d’un site sur mobile assez catastrophique… ce qui fait bien rire la salle.

Olivier raconte aussi le cas de projets très mal ficelés. Il raconte l’histoire d’un site de location de vidéos en ligne, qui avait juste oublié de regarder le catalogue proposé les majors. Le service a été lancé… avec 300 films nanards refilés par la major qui ne voulait pas « se risquer ». Inutile de dire que le site s’est planté quelques semaines plus tard.

Olivier parle ensuite de la pyramide d’Henry Mintzberg (note pour François : celui-ci ferait un très bon speaker pour 2011)
Le CEO doit porter la vision, une équipe doit porter le savoir et l’analyse, et une équipe le savoir-faire/la réalisation. Combien d’entreprises de l’ère Web 2.0 ne savent pas faire ? Combien d’entreprises n’ont pas de CEO visionnaire ? Il suffit de regarder un chiffre cinglant : 40% des 100 plus grosses entreprises sont dirigées par des anciens CFO (directeur financier).

Certaines entreprises ont passé trop de temps dans l’analyse. Cela se transforme en études, en business plans, en réunion de pré-lancement, en étude de marchés, en tout un tas de choses qui ne font pas avancer le problème.

D’autres entreprises ont tellement de visions, qu’elles communiquent à outrance. C’est un communiqué de presse où les mots « révolutionnaires » et « innovants » sont répétés à en vomir. C’est aussi une entreprise qui va célébrer avec une grosse soirée le « lancement de son site Internet » en faisant venir des Peoples, alors que le site n’a pas encore fait ses preuves. Pourquoi les entreprises ne gardent pas cet argent pour fêter les deux ans de leur projet ?

Si c’est le savoir-faire qui pêche, on verra un Boss incapable de se servir du site dont il aurait eu l’idée… des sites réalisés par des stagiaires et des juniors, incapables d’avoir le recul suffisant pour se rendre compte d’erreurs de débutants. C’est les services Internet lancés par des enfants gâtés qui ne veulent pas payer un développeur. Alors on prend des stagiaires et des petites mains…
Et vous vous étonnez de vous planter ? Mais c’est normal mon ami. Si l’informatique était facile, ma mère serait informaticienne (ça c’est de moi… désolé Olivier)

Les solutions sont ensuite exposées, mais un peu rapidement. Tout d’abord faite rédiger une lettre de mission, un réel manifeste qui doit guider votre entreprise. Par exemple : « Un site d’offres d’emplois pour les passionnés, où les annonceurs rédigent des mini-articles de blogs. Un site où les candidats expliquent simplement ce qu’ils veulent, pour que chacun puisse travailler ensemble »

Olivier conseille aussi aux CEO de prendre le temps de tester très souvent ce que réalisent les équipes. Si tu es CEO, et que tu n’as pas à tout moment une URL pour tester, tu vas dans le mur. Si tu ne sais pas ce qu’est une URL, change de métier. Retourne faire du PowerPoint chez McKissé.

Focalisez vous sur les services clés de votre plateforme. Ne perdez pas de temps à coder des parties annexes. Identifiez ce qui fait que votre idée est différente. Soyez capable de présenter votre projet comme le fait Steve Jobs. Et pour la réalisation, pensez à prendre de bons artisans, à avoir un management durable, sur le long terme.

Conclusion
Une bonne présentation à tremper dans son café vers 10h00 du matin. J’ai beaucoup aimé les idées présentées avec un oeil très marketing/HEC’cien. Idées qui se seraient complétées avec un oeil de Geek sans problèmes.

Allez je continue… le billet suivant sera la KeyNote d’Yves Morieux du Boston Consulting Group… un truc bien décapant.

Ressources:
la bourde de Vizzavi lors du lancement du site : des milliers d’euros pour racheter le nom de domaine
l’histoire de Ze Bank 130 000 clients, 255 millions cramés
Le cimetière des Startups sur Presse-Citron.
– Rigolons sur CNet.com avec les plus beaux plantages de l’Internet