La première journée de l’USI débute par une présentation de 20 minutes, après une Keynote d’ouverture passionnante de Chris Anderson. Serge Soudoplatoff, professeur à l’HETIC et à l’ESCP, propose une prise de conscience intéressante sur l’impact d’Internet dans l’entreprise.

L’histoire d’Internet tout d’abord est intéressante. C’est une innovation qui a émergé d’un projet inter-université, et pas d’une demande du D.O.D comme on l’explique parfois. Initié pour relier des universités qui travaillaient avec le DARPA, ce projet donnera naissance à ARPANET (voir l’article complet de Wikipedia) en 1969. Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que les gens en ont changé l’utilisation initiale. Un jour les chercheurs décident de changer légèrement l’utilisation pour pouvoir s’envoyer des messages, les prémices de l’email. Le réseau Internet est né comme cela. Serge explique que l’innovation est apparue par percolation. Pour 100 idées, 40 passent le test de l’utilisation, puis 3, puis finalement une seule. L’envoi par paquet dès 1968 permet ainsi de résoudre le problème de fiabilité des connexions. Le Français Louis Pouzin invente le protocole X50 lors de la mise en place du réseau Cyclade destiné à connecté les centres de recherches Français. La liaison était à 4kb/sec à l’époque, l’ancêtre de Transpac.

Telnet, ftp, tcp ont été spécifié entre 1970 et 1972 (voir ici ce cours de Polytechnique) mais finalement le WWW, l’Internet tel que nous le connaissons a été lancé en 1989 par Tim Bernes-Lee au CERN.

Pour revenir à la présentation, prenons le temps de regarder Internet comme un projet, et de le comparer à un projet informatique dans une entreprise. Nous voyons tout d’abord que c’est un projet sans hiérarchie, sans chef de projet, sans MOA et sans notion de R.O.I. C’est un projet où tout ce qui marche fait ses preuves en existant, sans forcément un plan produit derrière. Internet ce sont des bouts de codes qui marchent. Celui qui pense à une idée c’est celui qui la réalise, c’est d’abord un réseau de passionnés. Imaginons un instant le développement d’un projet informatique sur ce mode… il aurait peu de chances de passer à travers les griffes de la direction financière ou du marketing, au premier abord.

En 1969 il y a 4 ordinateurs connectés. En 1990 la sortie du HTML remet le mode client-serveur au premier plan, alors que la tendance jusque là était simplement d’échanger des informations entre sites. Y aviez-vous déjà pensé ?
1993 c’est 2 millions d’ordinateurs (l’année de mon Bac). Aujourd’hui on estime à 700 millions le nombre d’ordinateurs connectés. Google détient 2 millions de machines, Facebook environ 60 000. Il existerait 250 000 de sites Webs. En 18 ans, Internet a connecté 1.8 milliards d’individus sur la Terre. Lorsque l’on pense à l’invention de l’imprimerie, du téléphone, ou de la télévision, on comprend alors l’importance d’Internet et donc de ses effets sur notre civilisation.

Serge parle maintenant de la communauté. Internet dès le départ a donné la possibilité de se connecter, de créer une culture d’entreprise. Regardez l’essort des blogs, des wikis, des forums ou de Twitter. En 1994 lorsqu’Intel sort un Pentium 66Mhz bogué, cela aurait pu passer inaperçu. Un message déposé dans un newsgroups public va déclencher en quelques semaines une vague de protestation. Maintenant, tout le monde sait, je dois faire quelque chose se dit Intel. Et suivra une vague de rappel énorme. Tout ceci parce qu’un jour un comptable constate une erreur dans une feuille Excel de calcul…
Aujourd’hui avec Twitter, il ne faudrait que quelques heures pour faire tourner l’information. Les constructeurs savent que les gens peuvent savoir. Serge dit : « Everybody knows that everybody knows ».
Appliqué à l’entreprise c’est vrai. Pour peu qu’un manager indélicat fasse une boulette, il est presque certain que tout le monde dans l’entreprise sera au courant très vite. L’aire du cloisonnement de l’information par la Hiérarchie a du plomb dans l’aile.

Le deuxième point dont il souhaite nous parler est l’essors de l’économie de l’immatériel. Regardez par exemple un site comme « Sell a Band » ou aussi « My Major Company« . Vous pouvez devenir producteur de musique en quelques clics. Internet permet de réaliser des projets et de changer l’économie établie jusqu’à maintenant, pour le plus grand bien des artistes finalement. Il parle aussi de ces sites où vous pouvez acheter des épées et des armures pour World of Warcraft. En Asie, des gens font ce que l’on appelle du « farming« . Ils passent leurs journées à effectuer des actions dans des jeux en ligne afin d’accumuler des biens virtuels (épées, munitions, potions) pour les revendre ensuite sur eBay dans le monde réel, et donc pour générer de l’argent avec ce temps passé. Et c’est rentable !

Un bien matériel comme un CD de musique ne se divise pas. Un bien immatériel comme un MP3 se multiplie, et nous permet de consommer la musique dans notre salon, notre voiture et les transports. Fabrice Epelboin à propos d’Hadopi a écrit une phrase que je trouve assez pertinente. Un iPod 16Go d’Apple permet de stocker 4000 chansons Mp3 environ. Si la chanson coûte 1 EUR, il faudrait donc payer 4000 EUR pour remplir son iPod. Quel adolescent peut nous faire croire qu’il dispose de ce budget ? S’il n’était pas possible de sauver sur son ordinateur ces musiques, la perte d’un iPod complet représenterait une perte de 4000 EUR… A méditer.
Ce qui est donc important c’est de reconnaître l’importance de l’immatériel. Les entreprises doivent maintenant apprendre à identifier ce capital immatériel (qui ne fait pas partie des immobilisations) car il existe certainement.

Le 3eme point dont il souhaite nous parler est la place du consommateur par rapport à l’entreprise. Aujourd’hui l’Internaute peut se faire construire SA paire de chaussure, ou se faire imprimer SON teeshirt, son tableau, sa photo, ses stickers, ses décorations pour sa planche de surf… Nous pouvons grâce à Internet réaliser une hyper-personnalisation qui serait ruineuse dans l’économie réelle, avec un magasin.
Serge montre l’exemple de Dell qui a ouvert un espace sur son site afin que les Internautes donnent leur avis. Et cela marche, puisque les remarques sont prises en compte. A une autre échelle, lorsque j’ai codé le site express-board.fr, je l’ai fait avec la communauté. Ma page Google Moderator a reçu 27 idées de la part de 48 personnes.
Au lieu de faire une étude de marché, lancez un espace sur votre site pour que la communauté s’exprime et vous propose des idées. Cela ne coûte pas cher et permet de trouver des pépites. Et surtout cela permet de développer le site qui plaît aux gens. Lisez mes échanges avec la communauté sur la page « spécial Beta » pour comprendre.

Il montre ensuite l’exemple du site FreeBeer. Organisé par des étudiants Danois, ce site vise à montrer que l’on peut faire de la bière « open-source » en laissant la recette librement accessible sur Internet, en proposant une bière payante.

Dans les années 90, les ingénieurs développaient des « machins » très compliqués. On a donc inventé le Marketing pour vendre ces machins aux gens, en les persuadant qu’ils en avaient besoin. Par exemple le BlueRay ou les écrans 3D, alors que le film Avatar n’est pas en 3D pour l’instant (et oui…). Les temps changent, et l’entreprise va devoir apprendre que les Internautes veulent être au centre de la démarche client. Pas en bout de chaîne.

Il parle ensuite de l’expertise d’usage des clients. Cela permet de développer des forums d’assistances où finalement les meilleurs conseillers ne sont pas une équipe de bras cassés dans un centre offshore, mais des utilisateurs finaux. Ils allouent de leur temps pour répondre. Regardez le succès des sites d’assistance des opérateurs ADSL en France par exemple.

Pour conclure, force est de constater que les frontières entre l’entreprise et ses clients sont de plus en plus floues, de plus en plus poreuses. Le client peut donner un avis sur votre service sur Internet. Vos concurrents peuvent lancer le même service, plus rapidement, moins cher. Les gens peuvent se regrouper très rapidement pour s’opposer à votre communication. Regardons ce qui arrive dans le Golf du Mexique en ce moment, je crois qu’un certain pétrolier va avoir des soucis à se faire.
Plus proche de nous, la communauté a empêché le passage de la première loi Internet Hadopi. Les lois suivantes seront regardés deux fois plus… Vouloir contrôler Internet est un rêve d’Enarque, qui ne sait même pas se servir d’un iPhone ou d’un BlackBerry.

Conclusion
Très bonne présentation qui aurait méritée un slot de 40 minutes je pense. Peut-être une Keynote l’an prochain ? Je vous avoue qu’il a été très dur pour moi de prendre des notes et de suivre la présentation. Je m’excuse par avance auprès de Serge Soudoplatoff si j’ai déformé ou mal interpreté ses propos. Mais je pense que le fond est là.

Je vous recommande la lecture du blog de Serge Soudoplatoff pour la qualité de ses articles.

Une pensée sur « USI 2010 : comment Internet impacte la stratégie des entreprises »

Les commentaires sont fermés.