Je regarde une pile de magazines entassés sur l’imprimante : « Se mettre à son compte, L’Entreprise mars 2006″, « S’installer comme Consultant, L’Entreprise juin 2006″, « Toutes les aides pour se mettre à son compte, Managment Mars 2005″ et enfin « Créer sa boîte chez soi, L’Entreprise aout 2005″.
Cher lecteur, voici maintenant « Je me mets à mon compte, le Touilleur Express, septembre 2008″. Bonne lecture !

Parlons tout d’abord de ce qu’il est possible de faire le jour où vous déciderez de vous lancer en tant que Freelance. Je ne parlerai ici que de l’activité de consultant en informatique, sujet qui nous intéresse. Si vous souhaitez vous lancer en tant que Freelance dans un autre secteur (graphiste, création de site web, traducteur…) je vous conseille vivement de regarder le site http://www.freelance-info.fr. Son Forum est une mine d’or.

Lorsque vous quitterez le nid douillet du statut de salarié, vous pourrez exercer votre activité sous différents statuts. Je ne vais pas tous les décrire, mais simplement vous parler ici de ce qu’il est possible de faire. Tout d’abord le portage salarial, ensuite l’activité en tant que profession libérale et enfin la création d’une entreprise, sujet qui m’a occupé cette semaine.

Le portage salarial
Le portage salarial est un moyen simple, rapide et efficace pour démarrer une activité sans devoir effectuer un grand nombre de démarche. En effet vous restez salarié, tout en bénéficiant d’une protection sociale. Les frais de gestion varient aujourd’hui entre 5% et 12% du chiffre d’affaire facturé au client. Ainsi si vous êtes payés 100 euros la journée, vous pouvez donc espérer gagner 90 euros. A cela s’ajoutera la commission de la SSII ou du cabinet de placement qui peut aller de 15% à 25%. Au final donc vous devez réaliser que pour 100 EUR facturé à votre client final, vous ne touchez en fait que 75 EUR par exemple. ITG est une bonne société de portage salarial qui existe depuis pas mal de temps, avec environ 2500 personnes « portées ».
Les avantages : c’est le moyen le plus rapide pour démarrer une activité. Les formalités sont très simples. Vous pouvez vous concentrer sur le métier sans perdre de temps avec les démarches. Pas de comptabilité.
Les inconvénients : vous faîtes une croix sur une partie de votre chiffre d’affaire. Attention aussi aux sociétés de portage douteuses.

L’entreprise individuelle, exercer en tant que profession libérale
Ensuite vous pouvez vous enregistrer comme profession libérale à l’URSSAF. C’est une démarche rapide et gratuite que vous pouvez faire partiellement par Internet. Fin juillet à la fin de mon contrat chez Reuters, c’est ce que j’ai fait afin de pouvoir démarrer mon activité en août. Une fois le formulaire P0 de l’URSSAF rempli, j’ai posté le tout et j’ai reçu 6 jours plus tard une attestation URSSAF ainsi que le courrier de l’INSEE avec mon numéro de SIREN/SIRET.
L’avantage de cette procédure : très simple. Vous ne créez pas d’entreprise, puisque c’est vous en tant que personne qui exercera l’activité. Les inconvénients : vos bénéfices seront déclarés fiscalement sur votre déclaration de revenue comme BNC (bénéfice non commerciaux) et vous risquez d’avoir une surprise concernant votre impôt sur le revenu. En effet, imaginons que chaque journée de travail est facturée 400 euros. Pour 230 jours d’activité dans une année que vous allez effectuer, cela représente un chiffre d’affaire de 92 000 euros. Les charges sociales et vos frais de fonctionnement vont retirer environ 35% de ce montant. Vous serez alors imposé sur la somme de 59 800 euros. Belle somme, mais attention selon votre situation personnelle (marié, enfants…) vous risquez de payer beaucoup d’impôts sur le revenu.
L’activité en Entreprise Individuelle est donc simple, il y a peu de démarche à effectuer, c’est gratuit. De plus vous n’êtes pas tenu de publier un bilan, et donc la comptabilité est très simple. Au niveau de la TVA, l’activité s’exerce en franchise de TVA. Donc vous facturez sans TVA vos clients (en HT) et en retour vous ne pouvez pas déduire la TVA de vos achats. Un ordinateur sera payé 2000 euros TTC, comme un particulier. Au niveau bancaire vous n’êtes pas tenu d’ouvrir un compte pro. Cependant votre banquier, voyant des chèques assez importants, ne manquera pas de venir vous solliciter. A voir donc.
Les avantages : vous exercez en tant qu’entreprise, tout en conservant la souplesse et la flexibilité.
Les inconvénients : vous perdez le statut de salarié, vous exercerez en tant que Travailleur Non Salarié pour la caisse d’assurance maladie. Il faudra prévoir une complémentaire santé et une prévoyance s’il vous arrive quelque chose. Compter dans les 150 EUR par mois, charge déductible cependant de votre chiffre d’affaire. Le gros inconvénient du statut de EI, c’est que vous êtes responsable sur vos biens personnels indéfiniment. Si vous êtes mariés, votre conjoint est aussi engagé. Il n’y a pas de distinctions entre votre patrimoine et celui de votre entreprise.

En août j’étais parti sur ce schéma de fonctionnement. Simplement, je souhaite plus tard pouvoir gérer plus finement ma fiscalité. Pour cette raison j’ai effectué quelques démarches pour créer une EURL à capital fixe. C’est là que la partie de plaisir commence.

La création d’une EURL
1) Première possibilité : se rendre au CFE
– Vous pouvez vous rendre au CFE de la Chambre des Métiers et de l’Industrie du département où vous souhaitez domiciler votre entreprise. Sur place il est possible de retirer les formulaires nécessaires ou même d’effectuer l’ensemble des démarches si votre dossier est complet. Compter 60 euros pour se faire aider d’un assistant sur place. Ensuite le transfert du dossier au greffe prendra 10 jours. C’est un peu long.
2) autre alternative, passer par Internet
– Se rendre sur le site Internet http://www.cfenet.cci.fr/ afin d’effectuer les mêmes démarches qu’au CFE. Vous allez remplir tout un ensemble de formulaire afin de créer l’entreprise (formulaure M0) et de déclarer le statut social des dirigeants (TNS). Le souci c’est qu’il faut ensuite poster le tout en recommandé. Certes vous pouvez en principe tout effectuer via Internet, si et seulement si, vos documents sont scannés et certifiés conforme. Il faudra donc aller à la mairie faire certifier votre photocopie de carte d’identité ou les statuts.
3) dernière alternative : tout faire soit même
Finalement c’est ce que j’ai fait. J’ai trouvé les formulaires CERFA M0 et TNS sur le site de l’URSSAF. Ces formulaires sont faciles à remplir. Le reste des démarches est commun à mes 3 propositions citées ci-dessus.

– Ensuite se rendre sur un site d’annonces légals comme le Parisien et faire publier une annonce légale. Compter dans les 130 euros environ. La mienne devrait être publiée demain vendredi. Conserver précieusement les attestations de publication de l’annonce légale.

Ensuite avec ce gros dossier (3 copies des statuts tamponnés par les impôts, les formulaires M0 et TNS, un extrait acte de naissance, un extrait acte de mariage, attestation de non condamnation, attestation de publication de l’annonce légale, justificatif de domicile de moins de 3 mois comme EDF ou Free, photocopie de l’acte d’achat de notre appartement, chèque de 83,96 euros, un café, une boite de tic-tac, un peu de musique sur votre iPod, votre meilleur sourire…) vous êtes prêt pour vous rendre au Greffe du Tribunal de Commerce pour effectuer le dépôt et donc la création de votre entreprise.

L’aventure de la journée
Arrivé ce matin à 09h10, c’est avec un grand plaisir que j’ai découvert la magnifique architecture post-soviétique du tribunal de commerce. Avec un peu d’attente (1h10) qui vous permet de profiter de la vie dans le hall du Tribunal de commerce, je passe enfin au guichet tant attendu. Derrière un hygiaphone qui me cache le doux visage de ce gentil fonctionnaire, commence la séance de torture. Car oui, après 1h10 ce n’est pas encore gagné. Non je ne suis pas un artisan, oui mon dossier est complet, non je n’ai pas de facture EDF car je n’en reçois qu’une fois par an, oui je sais qu’il faut parapher les pages des statuts, non je ne suis pas désagréable. Si j’étais désagréable je montrerai que l’hygiaphone conçu pour intercepter les postillons, n’arrête pas le passage de mots d’oiseaux, comme l’artisan taxi avant moi qui avait l’air vraiment en colère…
Bref remettons nous dans le contexte : je suis en pleine semaine, l’activité est à son paroxysme, et il y a 6 guichets. Seul le guichet 2 fait les procédures d’enregistrement… C’est marqué dessus.

Clairement quel dommage de ne pas avoir plus de moyen. Les impôts m’ont reçu parfaitement, accueil, sourire, fonctionnaires sympas et motivés. Les locaux sont en bon état, les gens semblent content de bosser là. Au greffe c’est comme si finalement l’URSS avait réussi à envahir Bobigny. Gris, moche, sale, déprimant. Le pauvre bougre derrière sa vitre doit se faire dégommer toute la journée…

Enfin voilà. C’est fait le dossier est déposé.

Reste maintenant à prévoir une complémentaire santé (110 eur par mois), une prévoyance (20 eur par mois) et une assurance pro (cher). J’ai trouvé un excellent comptable sur Paris qui travaille avec des freelances et des indépendants, n’hésitez pas à me contacte si vous souhaitez en savoir plus.

Les inconvénients : beaucoup de démarches à effectuer, loin d’être simple finalement. Obligation de prendre un expert comptable car les déclarations sont trop compliquées (je pense).
Les avantages : vous êtes le patron, vous pouvez ensuite vous versez un salaire raisonnable afin de limiter votre impôt sur le revenu, et réinvestir une partie de votre capital dans l’entreprise. Cela permet avec de savants montages fiscaux de ne presque plus payer d’impôt sur le revenu. En terme de crédibilité pour vos futurs clients, je vous le recommande. C’est un gage de sérieux, vous pouvez ensuite imaginer travailler directement avec un client final sans passer par une société de service. Attention cependant, moi je préfère travailler avec un cabinet de placement car eux m’apportent beaucoup plus de missions. Je vous en reparlerai plus tard.

Dans la voiture en revenant j’ai entendu une bonne blague à propos de la Justice :
« Le métier de ministre n’attend pas : alors que Rachida Dati est à la Justice, son bébé est déjà à l’Interieur »

5 réflexions sur « Se mettre à son compte »

  1. Excellent !

    Merci pour ses infos. Passer indép, c’est une idée qui n’arrête pas de traverser l’esprit des esclaves… euh non, employés de SSII.

    D’autres billets avec des chiffres pourraient être intéressants (coût d’un cabinet de placement, assurances à prévoir et pourquoi…)

    Tom

  2. Ton expérience est très intéressante.
    Les questions que je me pose sont relatives aux coûts et aux différentes possibilités de placement (cabinet, SSII, etc.) ainsi que des démarches concrètes à réaliser pour trouver des missions.

    En espérant lire de nouveaux billets sur cette aventure, je te souhaite bonne chance.

    Arnaud

  3. Quelques imprécisions.

    « Vous ne créez pas d’entreprise, puisque c’est vous en tant que personne qui exercera l’activité » : C’est une entreprise de plein droit !

    « beaucoup de démarches à effectuer » : Non juste l’enregistrement à l’Urssaf.

    « Obligation de prendre un expert comptable car les déclarations sont trop compliquées  » : Non il suffit de quelques notions simples.

    « je préfère travailler avec un cabinet de placement » : et perdre 20 à 25% de revenue ?!

  4. @Pat je précise que je parle de la création d’une SARL et donc lorsque tu me réponds « “beaucoup de démarches à effectuer” : Non juste l’enregistrement à l’Urssaf. » c’est faux. La création d’une SARL entraine beaucoup plus de démarches que lorsque l’on démarre en tant qu’Entreprise Individuelle (une entreprise à part entiere, je suis d’accord avec toi)

    > “Obligation de prendre un expert comptable car les déclarations
    > sont >trop compliquées ” :
    >Non il suffit de quelques notions simples
    Encore une fois non ! De plus cela donne automatiquement le droit à une réduction, l’expert comptable s’apparente à un centre de gestion agrée. Il faut le dire aux personnes qui lisent.
    Pour ma part je pense que la compta d’une SARL dépasse mes compétences et le temps libre que j’aurai envie d’y consacrer. Mon comptable s’occuppe par exemple de ma declaration de TVA ou de la taxe pro… ce qui me fait gagner du temps

    > “je préfère travailler avec un cabinet de placement” :
    > et perdre 20 à 25% de revenue ?!
    … et perdre 20% de revenu, le temps de me faire un réseau de clients. Pour démarrer et trouver une mission rapidement, qui soit intéressante, faire appel à un intermediaire est indispensable.

    Nicolas

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